‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 125 sur 133 · X. — LA FEMME · texte numérisé non relu

X. — LA FEMME

à leur devoir et se dévouent entièrement à leurs maris et à leurs enfants, passant la plus grande partie de leur temps à la campagne, menant une vie très retirée, tenant admirablement leur maison, s'oceupant des moindres détails, mettant la main â tout, gérant quelquefois seules leurs biens, dirigeant l'éducation des enfants, pendant que les maris chassent, ou voyagent, ou s'amusent à Budapest, sous prétexte d'intervenir aux séances de la Chambre des députés ou de la Chambre des magnats. Nos femmes trouvent encore le temps de lire et de s'instruire et ne songent même pas à murmurer contre une destinée qui les ensevelit jeunes, charmantes et belles dans un désert, parmi des gens incultes, où elles seules sont de leur espèce. Cette vie de lutte donne aux femmes hongroises des qualités fortes et viriles, telles que l'exactitude, le bon sens, le courage, sans rien enlever à leur charme féminin. En général, avec le privilège d'une grande beauté, la femme hongroise a encore sur l'homme la supériorité d'une organisation plus nerveuse, plus délicate, plus fine. L'homme, même le mieux élevé, conserve souvent quelque rudesse et n'est sensible qu'à ce qui le frappe vivement. Les nuances lui échappent. La femme les saisit mieux; mais, quoiqu'elle possède des qualités excellentes pour dominer, elle préfère pourtant se soumettre entièrement à la volonté de son seigneur et maître. Si un jour elle se décide à renoncer à cette vie de soumission, si elle n'est plus entière-

ment à ses devoirs, comme elle ne sait rien faire à demi, elle se livre au plaisir tout entière et oublie tout ce qui pourrait l'enchaîner à un passé avec lequel elle a rompu.

« Les jeunes filles ont déjà en germe toutes les qualités qui feront un jour la femme. Elles sont élevées plus librement qu'en France et en Italie et ont un très grand amour de l'indépendance. Elles sont gaies et aiment à s'amuser; mais elles usent de la liberté et du plaisir sans en abuser. »

Les jeunes filles de l'aristocratie magyare, nous l'avons dit, ne fréquentent pas les écoles publiques. Jusqu'à présent, ces écoles ne semblent ouvertes que pour la bourgeoisie dont elles contribuent sans doute à élever le niveau intellectuel et la valeur morale. A Kolozsvâr, sous la direction de M1!e Antonine De Gérando, ' prospère un lycée qui accueille les

1 Née à Paris le 13 février 1845, elle fat emmenée en Transylvanie par sa mère qui est une comtessa Teleki. Mais à l'âge de cinq ans ella retourna à Paris, où elle fit ses études et passa ses examens d'institutrice à l'hôtel de ville. Revenue, il y a vingt ans da cela, en Transylvanie, elle se voua entièrement à l'instruction et à l'éducation da la femme hongroise. M"0 De Gérando a publié en hongrois les œuvres suivantes : Arithmétique à l'usage des écoles des jeunes filles; Hi du Ira ni il; Morale et code de conduite à l'usage des jeunes filles; Pédagogie pour les écoles des jeunes filles; Quelques mots aux parents pour élever les enfants, et une série d'articles importants dans des journaux et revues pédagogiques.

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