‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 131 sur 133 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

voua entièrement ;ï la littérature. En 187:;, elle fonda un grand journal pour 1rs femmes, I<i seul journal littéraire hongrois qui ait été remarqué et signalé

a l'Exposition de Vienne en 1873. Plus tard ce journal fut réuni au Bazar hongrois, dirige depuis par les deux sœurs avec un talent remarquable et avec un succès toujours croissant. Stéphanie Vohl l'ut tout aussi précoce que sa sœur. Enfant elle composait des Contes qui furent réunis et publiés lorsqu'elle atteignit sa quatorzième année. Ces Contes, d'un grand charme poétique, d'une fraîcheur délicieuse et d'un parfum exquis eurent plusieurs éditions et lui assurèrent d'un seul coup une véritable renommée. Plusieurs de ces contes, traduits en anglais, en allemand et même en italien, un roman, un volume de nouvelles et d'articles détachés, des feuilletons littéraires dans le Pesti Naplô, des correspondances dans le Scotchman et dans la Queen, des contributions aux journaux allemands et à la Revue Internationale ont contribué à augmenter cette réputation littéraire si honorablement acquise. A l'heure présente, M"8 Stéphanie est occupée à écrire un nouveau roman, qui paraîtra à la fois en deux langues, et avec des illustrations.

Les sœurs Wohl se détachent assurément de la foule sur laquelle elles planent, par un enthousiasme poétique qui anime toute leur œuvre, par un feu aimable et sympathique qui donne une vie tout à fait spéciale à leur langage et à leur correspon-

dance. Il est aussi à remarquer qu'elles ne doivent qu'à elles-mêmes, à leur talent, à leur zèle, à leur persévérance tous leurs succès. Elles étaient de faibles enfants ; le travail les a fortifiées et a forcé la société de Budapest à compter avec elles. Ayant l'instinct des choses nobles, elles le suivent et montent, sur les ailes d'une inspiration féconde, vers les hauteurs. La société hongroise qui ne cesse de les regarder plaisante quelquefois sur ces deux vaillantes sœurs si remuantes. Mais tout discours qui commence souvent par un sourire ou un trait satirique, finit par rendre justice aux mérites réels de ces deux fortes ouvrières dont les rêves sont grandioses et poétiques.

Mme de Beniczky-Bajza a été mieux partagée par le sort que les sœurs Wohl. Fille d'un poète hongrois très connu et très aimé, Joseph Bajza, elle reçut dès son berceau la première consécration de la gloire. Son mariage avec un riche et digne représentant de la noblesse hongroise lui donna une position sociale des plus enviables ; et sa beauté que les années n'ont point encore effacée, sa grâce, son amabilité, ses talents d'écrivain facile et abondant lui ont assuré un succès des plus flatteurs. Mme de Beniczky est, comme romancier, une sorte de Johaï féminin. Dans le même mois, trois grands journaux de Budapest donnaient en feuilleton trois différents romans d'elle. C'était le Pesti Hirlap avec Le secret du voile ; YEgyetèrtès avec Je ne connais pas l'his-

x. — La i im.mk. 343

du passé, et le Regènyvilàg avec Un homme de basse extraction. Le Pester Lloyd offraii en même temps une traduction allemande de ce dernier ouvrage. On connaissait d'ailleurs et on appiv déjà de ce même écrivain les romans suivants : Martha, Ruth, Les fausses routes, Ici-bas et dans Vautre monde, œuvres d'imagination, fondées cependant sur une observation très fine de la vie sociale telle qu'elle est. Une femme disait, il y a quelque temps, â propos de Mme de Beniczky: « Elle connaît mieux que personne le cœur de la femme. Quand elle décrit son héroïne, je me regarde involontairement dans le miroir. Quand elle s'adresse aux sentiments, je me d 'mande tout étonnée : Comment a-t-elle pu apprendre mes secrets? » Vingt-cinq ans de travail littéraire ont acquis â Mm0 de Beniczky une réputation considérable et enviée parmi ses compatriotes. C'est même à propos d'elle qu'on cite en Hongrie le nom de Fernand Caballero, le regretté romancier allemand-espagnol, une femme supérieure avec laquelle Mme de Beniczky semble offrir quelques points de contact. La société Petôfi l'a accueillie dans son

et nous avons été témoin de l'ovation que le public très nombreux lui lit après (qu'elle eut donné lecture d'un nouveau conte dans une salle de l'Académie des sciences où la société Petofi tient ses séances mensuelles. Quant à sa manière de concevoir l'art et la réalité écoutons l'aveu de Mmo de Beniczky elle-même : « Mes personnages sont les

•' : Il LA HONGRIE POLITIQUE ET SOCIALE

enfants de mon imagination. Je ne trouve pas de fidélité dans la photographie, pour moi il n'y a que la peinture. Je n'ai jamais éprouvé l'envie de reproduire les faiblesses des hommes de façon à ce qu'on puisse les toucher du doigt. Je n'aime pas que l'on cherche sur la carte géographique le lieu natal de mes' héros. »

Après avoir admiré dans les sœurs Wohl et dans Mmo de Beniczky des artistes de la plume, nous aurions beaucoup à dire sur les femmes artistes de la scène hongroise, telles que la passionnée et puissante Mrae Blalia, la séduisante et piquante Mme Patinai', la gracieuse Mme Csillag-Grill, et la charmante Mme Markus-Pulszky.

Il y aurait aussi bien des choses intéressantes à dire sur des artistes du pinceau comme M1'0 Vilma Pârlaghy. Mais nous avons hâte de signaler parmi les femmes remarquables un véritable savant que nous avons eu l'honneur d'approcher en Transylvanie et de visiter dans la petite ville de Szàszvàros où elle habite et travaille au milieu de ses trésors. Cette femme est Mlle Sophie de Torma, la sœur du célèbre archéologue, une Lovatelli hongroise, avec une culture classique certainement inférieure à celle de l'illustre patricienne de Rome, mais avec un enthousiasme pour la science archéologique, une puissance de combinaison et de divination et un esprit de suite qui tiennent du prodige. On nous avait pré- Venu que peut-être elle ne pourrait pas nous re-

Page 1