X. — LA FEMME
cevoir, une trop grande application l'ayant fait tomber sérieusement malade. On exigeait d'elle le repos le plus absolu; et, quoique convalescente, un tic nerveux accusait encore la présence du mal qui avait affecté douloureusement tous les nerfs de la tète et menacé ses facultés mentales. Les mérites de cette femme sont des plus grands. Grâce à ses fouilles, à ses découvertes, à ses illustrations, à ses divinations, la science archéologique a pris pour ce qui concerne la Transylvanie une nouvelle voie qui semble la vraie.
Tombée malade, elle fit transporter son lit dans la chambre où se trouvent les collections dont elle ne veut se séparer qu'avec la vie. Elle a tout fait pour ses chères et précieuses collections. Elle a fouillé, trouvé, recueilli, classé. Elle tient à ellemême sa correspondance scientifique, elle écrit et illustre les pièces de son musée dont elle est le gardien et le cicérone. Elle parle toujours avec la plus grande assurance et sent d'avoir raison. A propos d'un illustre adversaire qui continue à décrie;1 ses découvertes qu'il traite avec une sorte de dédain, elle nous répéta â plusieurs reprises : Er wird schon 'behomMen (il aura son fait). Elle prépare en effet un grand livre sur les Thraces qui sera bientôt publié en Allemagne. Elle se moque des archéologues qui, ne sachant à quel peuple attribuer les objets archéologiques que la terre nous livre, font remonter ces objets aux temps préhistoriques, une
date élastique qui ne dit rien. Ce qu'elle a trouvé de plus intéressant en Transylvanie est d'origine thrace d'après son opinion. Et, toujours suivant elle, ces Thraces ont du à leur tour sa trouver dans les rapports les plus intimes de langue, de mœurs, de type et de civilisai ion avec les peuples les plus civilises de l'Asie Mineure. Les découvertes de Schliemarm sont venues confirmer une partie de ses premiers aperçus. Toutefois, sa culture scientifique étant assez limitée, il" nous a semblé qu'elle explique un trop grand nombre de faits avec un nombre trop petit d'idées mères et de preuves à l'appui. Absolue dans ses sentences, elle se bâte d'improviser et de porter des jugements qui l'obligent parfois â se contredire après deux ou trois ans. Elle ne lit, elle ne connaît que ce qui se rapporte immédiatement à son sujet, système qui peut avoir des avantages, mais aussi de graves inconvénients. A notie sens, elle voit trop d'uniformité dans le culte et dans l'art primitif et ne laisse pas assez de marge à l'inconnu qui est si grand et qui pourra s'expliquer seulement avec l'aide de nouvelles données positives. Ilom re, Hérodote, Strabon peuvent sans doute nous apprendre beaucoup de choses sur les anciens: mais ils n'écrivaient pas pour nous; ils s'adressaient à leurs contemporains; aussi ne se sont-ils point donné la peine de décrire et d'illustrer ce qui nous échappe maintenant, c'est-à-dire ce qu'il y avait do plus commun et de plus ordinaire dans la vie ancienne.