IL — LA HONGRIE ET L 'ITALIE
de l'habitude est si grande que parfois, parlant avec nous, M. Fumagalli s'oubliait si bien qu'il nous faisait relever les progrès do l'industrie locale avec une satisfaction évidente de bon Magyar, en ajoutant: « Eh bien, qu'en dites-vous? Nous aussi, nous avons avancé ! N'est-ce pas ? » M. Fumagalli n'a pas de famille et ne laissera point d'enfants en Hongrie. Mais on pourrait prédire, sans crainte de s'y tromper, que les fils de ce Lombard â peu près raagyarisé seraient des Magyars.
Lorsque l'empereur Léopold, aussitôt rentré de Toscane en Autriche, rendit à la Hongrie son indépendance, projetant ces réformes économiques dont il avait déjà fait l'application dans son grand-duché de Toscane, il amena avec lui un certain nombre de bourgeois italiens qu'il voulait donner en exemple aux Hongrois, pour décider la petite noblesse magyare à entrer dans une vie plus active. Léopold parlait lui-même volontiers le toscan et son entourage imitant forcément son exemple a dû aider â la diffusion de la langue italienne en Hongrie. Mais cette diffusion a plutôt été le mérite des Hongrois que celui des Italiens. Ces derniers, une fois en Hongrie, abandonnaient vite l'usage de leur langue; aussi, à la fin de leur séjour l'avaient-ils tant soit peu oubliée. L'italien n'étant pas, jusqu'à ces derniers temps, la langue d'un peuple libre et puissant, on semblait presque avoir honie de le parler dans un pays qui considérait la liberté comme le bien suprême. En
fixant sa demeure en Hongrie, l'Italien voulait devenir Magyar à tout prix. Citons encore un exemple illustre.
Au siècle passé, un membre de la noble et ancienne famille florentmoJjjiadagiiLpassa en Hongrie où il épousa une comtesse Forgacs. Il espérait par le seul privilège de sa naissance et de cette alliance avoir le droit d'être admis â la Chambre haute. Ce droit lui fut d'abord contesté ; mais il ne se découragea point pour cela et resta néanmoins bon Magyar. Son fils, suivant l'exemple, devint un illustre général hongrois et un des poètes les plus populaires de la Hongrie sous le nom de Guadànyi. Voici maintenant quel langage patriotique tenait le vieux Guadagni, en écrivant à une amie le 2 novembre 1790 : l « Il faudra que j'aille à l'assemblée. Elle se tiendra à Presbourg, et nous ne savons encore ce qu'il en résultera. Le roi y viendra en personne, à la grande joie du pays. On dit que le roi demandera des secours contre la France. Nous donnerons certes tout ce que nous pourrons, car nous n'abandonnerons pas notre gracieux prince. Peut-être moi aussi tirerai-je l'épée, quoique je me fasse bien vieux. J'ai combattu bien des fois, vu bien des ennemis ; eh bien ! une fois encore, si ma nation est obligée de monter à cheval, je prendrai rang parmi les patriotes. J'ai assez vécu, je puis mourir. »
1 Julienne Fabien.