LA HONGRIE ET L'ITALIE
i es expatriations, ers possibilités de se donner une autre patrie, étaient plus fréquentes lorsque les Italiens n'avaient aucun espoir de pouvoir servir leur propre pays. Maintenant que charpie peuple vivant d'une vie libre réclame toutes ses forces et tous ses fils, sauf des raisons de commerce, il est assez rare qu'un Italien aille offrir son bras ou son intelligence à un pays étranger. Les Italiens qui demeurent encore à l'étranger sont des vétérans. Ils ont quitté leur patrie pendant son servage ; ils ont été empêchés de courir à son secours le jour où elle s'est levée ; leurs yeux se mouillent cependant et leur cœur palpite lorsqu'ils entendent des nouvelles de leur patrie délivrée et devenue grande, lorsque la voix sonore d'un compatriote vient les surprendre sur leur chemin éloigné, lorsqu'on leur donne l'assurance que la mère patrie ne les a point oubliés.
Nous avons rencontré en Hongrie un grand nombre de Magyars parlant ou s'efforçant de parler la langue italienne. Si le Magyar séduit l'Italien qui se trouve en Hongrie, il en arrive de même pour le Magyar qui vient en Italie. C'est encore la guerre qui, dans ce siècle, a amené le plus grand nombre de Hongrois dans la péninsule. Par goût, le Magyar ne se déplace et ne voyage guère volontiers. Mais l'armée autrichienne a souvent entraîné avec elle quantité de bataillons et d'escadrons magyars. A Marengo, avant l'arrivée de Desaix, lorsque la victoire se déclarait en faveur de l'Autriche, les plus vaillants combattants
furent les soldats magyars de Pâlffy, de Haddik, de Splenyi, de Ott, de Zach.
Plus tard, les escadrons hongrois furent lancés par l'Autriche contre l'Italie insurgée. En vain, le vieux Tisza reprochait au cabinet de Vienne, dès l'année 1833, cette espèce d'attentat contre la dignité des libres soldats de la Hongrie. La monarchie autrichienne absolutiste n'en continua pas moins son système outrageant. Ceux des Hongrois qui se révoltaient allaient rejoindre les patriotes italiens dans les forteresses de Gradisca, Spielberg, Josephstadt, Theresienstadt. l Les martyrs des deux nations fraternisaient dans la douleur comme dans la joie.
Les Italiens n'ont pas encore oublié et n'oublieront jamais qu'en 1848, les Hongrois attirèrent sur eux les violences de la répression autrichienne, à la suite de la déclaration publique de leurs sympathies pour l'Italie insurgée. Metternich avait conseillé à l'empereur de tout promettre à la diète dans l'espoir que les Hongrois, par dévouement envers leur roi-empereur, marcheraient avec enthousiasme contre les rebelles de la Lombardie. L'assemblée ne se laissa pas prendre à ce piège et vota une adresse
1 On peut trouver des détails inédits sur les prisonniers hongrois de Theresienstadt dans un livre d'un intérêt saisissant et qui vient d'être publié à Milan sous ce titre: Da Venezia a Theresienstadt, memorie di Vin- CENZO Maisner, cou prefazione di Giovanni Rizzi.