‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 17 sur 133 · II. — LA HONGRIE ET L'ITALIE · texte numérisé non relu

II. — LA HONGRIE ET L'ITALIE

parlerais-je pas l'italien comme le hongrois ? Aussi lorsque je suis revenu, tout le monde ici ne m'appelait plus autrement qu'Olasz (l'Italien). Je décidai en conséquence de signer Ignace Olasz tout ce que j'écrivais dans un journal que je publiais alors. En peu de temps ce pseudonyme devint si populaire, qu'un jour, ayant demandé la parole à la Chambre, le président me l'accorda avec les paroles sacramentelles : « La parole est â l'honorable.... Olasz. » La Chambre n'a jamais ri d'aussi bon cœur. »

L'idée qui a dominé pendant trente ans l'esprit et la vie de cet excellent patriote hongrois doublé d'un excellent patriote italien, est encore bonne à reprendre. On dirait même qu'il y a prédestination dans ce sens et que pour rendre plus complète l'entente des deux pays, le sort a voulu que les couleurs du drapeau national hongrois et du drapeau national italien fussent les mêmes.

Lorsque sur la scène du vaste et élégant théâtre de Debreczin nous vîmes surgir, comme par enchantement, un splendide tableau vivant, où, en forme d'apothéose, étaient représentés le roi et la reine d'Italie, Victor-Emmanuel, Cavour et Garibaldi entourant la figure de l'Italie couronnée de lauriers et caressée par des drapeaux tricolores, lorsque sur un ruban tricolore, au milieu des acclamations du public électrisé et applaudissant frénétiquement nous lûmes ces mots : Ai nostri cari amici italiani, une profonde émotion s'empara de nous. Nous sentîmes

alors que les couleurs hongroises et les couleurs italiennes étaient les mêmes, parce qu'elles représentaient les mêmes sentiments : Le rouge, le sang de nos martyrs; le blanc, la foi que nous avions gardée à la patrie; le vert, l'espoir dans sa résurrection et dans un avenir glorieux. (CrJtfl ~ A"^ Ct^H^^^j

Les précurseurs de la renaissance hongroise.

Le premier souffle de la nouvelle renaissance hongroise est venu de la poésie. Avec la splendide évocation de la Muse hongroise chantée par Michel Csokonaï, cette gloire de Debreczin, ' s'ouvre une ère nouvelle pour la littérature et pour la vie politique magyares. Ce sont les poètes qui ont prononcé les premiers le surs uni corda. Csokonaï, un précurseur, n'avait que vaguement entrevu toute la puissance du chant national comme émanation de la patrie ; mais il se détacha le premier de la tournure conventionnelle et de l'école classique pour donner à ses vers plus de force et d'aisance, ainsi qu'une allure plus hongroise.

1 Csokonaï naquit à Debreczin en 1774. Son poème Magyar Musa date de l'année 1797 ; il mourut à l'âge de trente et un ans.

Les deux frères Kisfaludy, Alexandre l'aîné ! poète lyrique et Charles 2 poète dramatique, firent un nouveau pas en avant. Ils s'essayèrent non seulement à faire passer dans la littérature le sang même de la vie nationale, mais, comme le premier des deux poètes le déclara, ils visèrent « par le spectacle des choses héroïques â relever la nation de son apathie. » Ayant tout particulièrement goûté Pétrarque à Vaucluse, lors de ses campagnes contre Napoléon Ier, Alexandre avait appris du poète italien â chanter d'une façon nouvelle sa bien-aimée (Rozsa) et sa patrie. 3 Ce fut du vivant d'Alexandre (en 1836) que fut fondée à Budapest en l'honneur des deux frères Kisfaludy cette Soc' cl c littéraire Kisfaludy qui décerne des prix, encourage les jeunes talents et a soin de faire traduire les chefs-d'œuvre des littératures étrangères. D'après l'intention de ces poètes patriotes, l'étude des manifestations littéraires des autres pays ne devait pas abâtardir la littérature nationale, mais lui ouvrir des horizons plus vastes.

Quelques années plus tard, Michel yorosmarty, *

1 Né en 1772, mort en 1844.

* Né en 1788, mort en 1830.

3 Un avocat de la ville de Grau, M. R. Rényi, ancien honved, à publié un essai critique où il essave une comparaison entre Kisfaludy et Pétrarque, sons ce titre : Petrdrcâ es Kisfaludy Sàndor irodalomtôrténeti tanulmdny. Budapest, Aïgner, 1880.

4 Né en 1800, mort en 1855.

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