‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 19 sur 133 · III. — LES PRÉCURSEURS · texte numérisé non relu

III. — LES PRÉCURSEURS

point un sentiment hérité du peuple hongrois. Petofi éiâij çTorigine serbe, et les Serbes n'ont jamais eu une véritable aristocratie. Tout est peuple en Serbie; chaque Serbe peut devenir, par sa gloire, par les services rendus à la patrie, par le suffrage de toute la nation, roi des Serbes. Le privilège de la naissance comptant très peu de chose et même ne comptant rien, il n'y a presque pas de traditions nobiliaires en Serbie. Petofi n'a^pas voulu se rendre compte des différences que présente la constitution sociale des deux pays. Ce Slave de la steppe hongroise, qui a aimé sa femme, n'a vraiment compris qu'une chose, qu'un mot: la liberté. Le plus court de ses poèmes, se compose d'une seule strophe, mais cette strophe nous donne l'homme tout entier :

« La liberté et l'amour ! Tous deux me sont nécessaires. Pour mon amour, je donnerai volontiers ma vie. Pour la liberté, je donnerai mon amour. »

Et cet amour était grand ; le poète l'a chanté avec des vers tour à tour tendres et brûlants ; mais un démon plus fort le tourmentait et le poussait. Petofi se sentait le poète de la révolution ; il fut donc le poète dont le génie répondait le mieux à celui de Kossuth. Comme le peuple hongrois, il avait connu la misère et la souffrance ; mais il n'avait pas appris du peuple hongrois â être patient et à sup- t porter longtemps sa douleur. Tous ses sentiments trouvaient donc sous sa plume une expression plus qu'énergique. Petofi est un violent. L'orage avait

éclaté dans son âme avant le réveil de sa patrie. Le jour où toute la Hongrie convulsionnée se souleva, Petôfi se jeta dans la mêlée. Dans l'un de ses poèmes, il avait un jour exprimé le désir de mourir « non pas comme un saule qui pourrit dans le marais, mais comme un chêne frappé par la foudre. » Et il tomba, en effet, foudroyé par une balle étrangère, pendant qu'il combattait comme un lion. Il disparut comme le héros épique, sans laisser aucune trace de son enveloppe mortelle, ce qui aida l'imagination populaire à créer une espèce de légende autour de son nom, deux fois glorieux et à jamais consacré par le génie et par une mort héroïque.

« Je flaire la révolution comme le chien le tremblement de terre, » écrivait-il à un journaliste dès l'année 1847 ; et bientôt il obéissait à son impatience de courir au combat. Il ne comprenait pas d'autre politique que celle de la lutte: il rêvait « des jours sanglants, » il lui semblait avoir déjà vécu dans d'autres siècles, mais seulement pour abattre des tyrans; il croyait avoir tué César avec le poignard de Brutus, Gessler avec la flèche de Guillaume Tell, Louis XVI et les aristocrates avec la parole ardente de I)esmoulins. L'artiste révolutionnaire, à la veille du combat, commença à aimer cette pose. Après avoir été ignoré, rebuté, avili, après la misère et la proscription, il se sentait l'idole de son pays. Alors il se souvint de l'histoire et prit goût à des comparaisons particulières. Savourant sa pro-

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