‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 22 sur 133 · III. — LES PRÉCURSEURS · texte numérisé non relu

III. — LES PRÉCURSEURS

Ce vague qu'on trouve souvent dans les traditions, dans le paysage et dans la vie hongroise se reproduit dans la poésie d'Arâny. Dans une de ses lettres il nous raconte lui-même que son père lui a appris à écrire en traçant des lettres sur la cendre avec son bâton. La poésie épique et lyrique d'Arâny semble aussi tracée sur des cendres, et nous laisse dans l'âme l'impression de quelque chose d'indéfini, d'inachevé, de fuyant et de souverainement triste. Sa grande épopée Toldi, n'est pas née d'une seule inspiration et n'est pas sortie d'un seul jet. Les trois parties de cette trilogie ne se ressemblent d'aucune façon. C'est par bonds que la nation hongroise s'est réveillée, et le poète aussi a senti plusieurs fois bondir, puis s'endormir son génie.

Dans une lettre autobiographique adressée à son ami Paul Gyulaï, il se peint lui-même fidèlement. « Ma vie est simple, écrit-il, mais cependant elle n'est pas aussi tranquille et aussi paisible qu'on a pu le croire. Ma vie est une lutte continuelle, dans laquelle je suis toujours la partie la plus faible. Mon esprit m'a toujours poussé en avant ; le manque d'énergie m'a toujours arrêté et abattu. Aussi, est-il arrivé que je ne suis, comme la plupart de mes œuvres, autre chose qu'un fragment. »

Les poètes avaient sonné le réveil à la conscience nationale, qui se serait néanmoins rendormie si elle n'avait trouvé un écho dans l'âme de quelques grands citoyens capables de diriger le mouvement.

Szétchenyi et Kossuth, Eôtvôs et Deâk avec leur entourage ont incarné l'idée des poètes et l'ont fait triompher. Voilà les grands Hongrois dont l'œuvre est encore vivante et dont la gloire ne périra plus; voilà les véritables pères de la nouvelle patrie hongroise : Szétchenyi, l'homme aux vastes initiatives; Kossuth, le puissant homme d'action; Eôtvôs, le penseur profond ; Deâk, l'homme aux grands principes. Si ces quatre hommes avaient toujours travaillé ensemble, la Hongrie serait devenue grande et libre en un jour. Malheureusement pour le pays, les deux premiers n'ont pas toujours été d'accord et les deux derniers, sans l'aide de circonstances exceptionnelles, n'avaient peut-être pas assez d'élan pour entraîner à eux seuls toute la patrie. Cependant, si l'on a vu se produire pendant prés de quarante ans, de 1830 à 1807, des faits isolés qui tenaient du prodige, la victoire définitive fut remportée par le moins brillant et le moins ambitieux, mais le plus ferme des quatre, par ce Deâk qu'on a appelé tour à tour le Cincinnatus, l'Aristide et le Salomon, c'est-à-dire l'humble, le juste et le sage de sa nation.

Louis Kossuth vient de publier dans le Pesli Naplù un article sur Le Comte Szétchenyi, où il raconte sa première entrevue avec ce grand homme. C'était vers l'année 1830. De 1832 à 1830 le parlement hongrois se réunissait à Presbourg. A cette époque Kossuth était un simple reporter qui s'efforçait d'être fidèle et impartial. 11 connaissait alors très peu de

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