III. — LES PRÉCURSEURS
aérations. Nous avons nommé Le Casino national qui fat sa création; mais la Hongrie lui est encore redevable de la société pour l'élevage des chevaux, de plusieurs sociétés industrielles et agricoles, du Théâtre national, du Conservatoire de musique, des moulins â vapeur de Pest, du pont grandiose jeté sur le Danube pour réunir Bude avec Pest, de la navigation a vapeur sur le Danube et du projet pour l'endigueinent de la Theiss. On pourrait dire, enfin, que presque toutes les manifestations de la civilisation hongroise de 1830 à 1850 ont été l'œuvre de Szétchenyi.
Cet homme vraiment extraordinaire, si élevé dans l'idéal qu'il poursuivait, si large dans la conception des moyens pour effectuer ses idées, cet homme qui, après le désastre de l'année 1849 devait devenir sceptique et terminer sa vie dans une maison de santé, avait cru pendant longtemps (pie la force d'une nation réside dans la dignité morale appuyée sur l'indépendance matérielle. « D'abord, disait-il, il faut que la Hongrie soit riche; après quoi elle deviendra libre. La Hongrie possède dans son territoire une telle richesse (pie, si elle se dépêche de se civiliser, si elle apprend et travaille seulement la moitié de ce que les autres nations doivent apprendre et travailler pour vivre, elle sera en mesure d'imposer des conditions et de réclamer ce qui lui est du, sans supplier plus longtemps et sans pétitionner. J'ai souvent parlé de tout cela avec Metternich, et il me craint plus
qu'il ne craint Kossuth, parce qu'il trouve mes idées « diablement pratiques. »
Szétchenyi visait à la résurrection réelle de sa patrie, résurrection que, d'après lui, on aurait atteint par l'indépendance économique bien mieux que par une indépendance politique factice accompagnée de la sujétion économique.
La femme de Szétchenyi, qui fut une des beautés célèbres de son époque; dut exercer une influence notable sur l'esprit de l'homme d'État. Elle était une comtesse Seilern und Aspang comme jeune fille, et avait épousé en premières noces le comte Charles Zichy. C'est elle qui, probablement, a fait entrevoir à Szétchenyi la possibilité de cette union politique avec l'Autriche qui devait devenir le credo des Deâk, des Andràssy et des Tisza. Mais, en acceptant la nécessité d'un compromis politique avec l'Autriche, le patriotisme de Szétchenyi s'efforçait de préparer dans le futur dualisme de la monarchie la meilleure situation à la Hongrie.
Malheureusement, son exemple fut peu suivi. On l'admirait et on le laissait faire; mais on ne l'imitait guère, malgré tous les moyens de propagande qu'il avait employés pour divulguer l'esprit de ses réformes. Les académies, les écoles, les cercles, les sociétés, les revues, les journaux, tout devait servir, dans son plan, à réveiller et à régénérer son pays. Il devint lui-même auteur pour prêcher la réforme et publia des livres et des brochures. Nous cite-