III. — LES PRECURSEURS
rons, entre autres: Le crédit, Tji lumière, Stadium, Les chevaux, Projet de reformes, La navigation au Danube, Quelques mots sur la Hongrie, L'Acadèmie hongroise, Programme du mouvement politique, L'abolition de la peine capitale.
Dans ses écrits, comme dans ses discours et même dans la causerie, il allait toujours droit au but; mais, à fin d'impressionner son auditoire, quel qu'il fût, il recourait souvent à l'aphorisme, au paradoxe, à l'anecdote plaisante. Ce qu'il venait de dire se répétait dans les cercles et sa parole divulguée ainsi que son œuvre servait à l'éducation nationale.
Trouvait-il, par exemple, que l'on donnait trop d'importance aux repas en Hongrie? Vite, il saisissait une occasion pour faire connaître son opinion à ce propos, sans toutefois blesser directement personne. Un jour le jeune Liszt, au commencement de sa glorieuse carrière, vint lui annoncer son intention de faire une tournée de concerts en Hongrie et en Transylvanie. « Très bien, lui dit Szétchenyi, n'oubliez pas cepedant qu'en Hongrie, pour conserver la célébrité il faut avant tout posséder un bon estomac. » Le mot a voyagé autant que Liszt; et c'est beaucoup dire.
Mais Szétchenyi ne recommandait pas moins la modération à ses compatriotes qui voyageaient hors du pays. « En voyage, disait-il un jour au comte Bêla son fils qui partait pour l'étranger, il faut se garder de la débauche; mais, tout en observant un
régime sévère, il faut toujours payer largement, pour que les étrangers comprennent que les Hongrois ne sont pas des mendiants. »
Le grand comte, comme on l'appelait en Hongrie, n'a jamais cessé, malgré toute sa popularité, d'être un grand seigneur et il savait pourtant combien il lui fallait payer cher cet honneur. Un jour cependant il faillit se fâcher tout rouge contre le propriétaire d'un misérable hôtel valaque où on lui avait présenté une note invraisemblable. Il eut néanmoins la force de se dompter et de changer d'avis. Au lieu de se fâcher, il paya en souriant et en montrant son grand étonnement d'avoir à payer une note aussi mesquine, trois fois moins élevée de ce qu'il avait cru dans un hôtel ou il avait été si bien. « L'hôtelier, racontait plus tard Szétchenyi, demeura interdit, et moi je savourai en le regardant la plus douce des vengeances. Je lui ai laissé pour toute sa vie le remords de ne pas avoir écorché davantage le comte Szétchenyi. »
Mais le comte Szétchenyi, « le père de la réforme » comme l'appelaient aussi bien ses ennemis que ses anus, a dû constater plus d'une fois et à ses dépens que ses idées devançaient son temps. Il racontait lui-même une plaisante histoire à ce propos. Un jour il pérorait dans la petite Coumanie devant le peuple assemblé pour recommander à tout le monde de travailler à l'exemple des Anglais. « Les Anglais, disait-il, travaillent toujours; personne ne se fatigue de sa