‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 29 sur 133 · III. — LES PRECURSEURS · texte numérisé non relu

III. — LES PRECURSEURS

mes tels que Szétchenyi, Wesselényi, le vieux Andràssy, Eôtvôs, Lonyaï, Vaï, Teleki, Kemény, Bethlen, Batthyâny, Eszterhàzy, Dessewfy, Maïlath, le vieux Apponyi, entrés avant lui ou avec lui dans les voies du progrès, pourquoi Kossuth n'a-t-il pas compris qu'il fallait absolument compter sur l'appui de l'aristocratie magyare ? Comment n'a-t-il pas senti, lorsqu'un magnat tel que le comte Szétclienyi demandait la liberté de la parole pour tout le monde et la conciliation de tous les partis, qu'il ne fallait point isoler la caste la plus riche et la plus influente du mouvement national ? « Que Dieu permette, s'écriait Szétclienyi bien avant les clameurs de 18(8, que j'exprime ce que je sens comme je le sens, avec la même pureté, et que mes paroles soient sans équivoque. Mon but est la conciliation, non seulement entre les partis, mais entre les deux Chambres de cette diète, mais entre la nation et le Gouvernement. C'est là le seul moyen d'être vraiment utiles à notre patrie. Nous avons besoin d'une régénération complète et elle est impossible si nous ne comprenons pas le Gouvernement et s'il ne veut pas nous comprendre. Le moment de l'union est venu et un des meilleurs remèdes â nos maux c'est la liberté de la parole. » Voila comment parlait un aristocrate ! Écoutons maintenant ce que le tribun, l'orateur républicain, le futur dictateur avançait â la diète de Presbourg le 3 mars 1848, à la veille de la formation du premier cabinet constitutionnel :

« Sincèrement et fidèlement attaché à la dynastie, j'ai prédit ceci : Le second fondateur de la dynastie des Habsbourg, sera celui qui réformera le système gouvernemental, qui consolidera le trône sur la base inébranlable de la liberté des peuples fidèles dont se compose l'empire. Depuis que j'ai prononcé ces paroles, des trônes appuyés sur une sagesse proverbiale se sont écroulés et des peuples ont reconquis leur liberté ! Et cela s'est accompli comme en rêve, durant ces trois mois que nous avons employés à rouler le rocher de Sisyphe ! Oh ! la douleur de cette immobilité accable mon âme et la charge de soucis. »

Vingt jours après ce discours, Kossuth était mimistre des finances dans le cabinet présidé par le comte Batthyàny, ayant pour collègues Szétchenyi aux travaux publics, le baron Eotvos à l'instruction, le prince Paul Eszterhàzy comme ministre des relations avec la cour de Vienne, Deâk à la justice, Szemere à l'intérieur, Klauzâl à l'agriculture, Meszàros à la guerre. La présence de quatre aristocrates dans le premier cabinet constitutionnel, après l'abolition de tous les droits féodaux, ne devait-elle pas donner à réfléchir à Kossuth et le persuader qu'il serait au moins prudent d'en venir û un compromis avec les nobles? Kossuth ne voulait pourtant rien demander au Gouvernement ni ù l'aristocratie; au fond de son cœur, il comptait leur prendre tout. Au point de vue révolutionnaire. Kossuth avait parfai-

Page 1