‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 30 sur 133 · III. — LES PRÉCURSEURS · texte numérisé non relu

III. — LES PRÉCURSEURS

tement raison: au poinl de vue politique, il dut se convaincre plus tard qu'il avait fait fausse route. Il se découragea trop tôt et s'indigna trop vite contre cette noblesse qu'il tenait comme responsable de tous les maux du pays. « Triste expérience ! s'écriait-il, l»1 Magyar si vigoureux jadis n'est plus capable de s'émouvoir de rien. Tant d'amollissement est un signe de mort ; et le corps, tel qu'il est, ne peut plus être rappelé à la vie. Il est nécessaire de reconstituer la nation avec de nouveaux éléments. » Quelle insouciance de l'histoire et de la réalité !

Et cependant il est incontestable que cet homme a donné une forte impulsion à son pays et que les effets de cette impulsion sont encore ressentis en Hongrie à la distance de presque quarante ans. Dans une vie aussi longue que celle de Kossuth, deux années d'activité puissante, de fougue et d'audace ont suffi pour lui assurer une célébrité impérissable. Peut-être que l'homme d'avant 48 intéresserait davantage le psychologue et que le vieillard honorable devenu philosophe pendant l'exil nous offrirait plus de côtés propres à captiver notre respect. Mais les visiteurs hongrois de toutes les classes sociales, les pèlerins qui vont de loin lui rendre hommage recherchent et saluent en lui l'idole de 1848. C'est l'ancien tribun, l'ancien député, l'ancien ministre, l'ancien gouverneur que l'on voudrait voir revivre et qu'on essaye de fixer à jamais dans le souvenir national.

N'espérant plus son retour en Hongrie, on lui écrit, on lui télégraphie, on lui envoie des adresses, des députations, des photographes, des peintres chargés de rapporter quelque chose de l'illustre exilé : un mot, une ligne, un trait de sa figure glorieuse.

Le dernier de ces visiteurs a obtenu un succès complet auprès du grand patriote. C'est une femme, une jeune fille de grand talent, M11" Vilma Pàrlaghy, qui est enfin parvenue à faire poser l'ancien dictateur de la Hongrie pour un portrait à l'huile.

Dans une lettre enthousiaste à une amie, elle décrit sa joie et donne des détails intéressants sur Kossuth dont les traits fixés définitivement sur la toile ne manqueront certes point de produire une impression profonde en Hongrie. Ne pouvant ramener à Budapest le dictateur lui-même, Mlle Pàrlaghy en a rapporté l'image vivante, après l'avoir étudiée dans une étroite intimité.

« Il ne faut point se faire d'illusion, écrit-elle. Les années remplies de soucis et de douleurs ont laissé des traces sur lui. Il est, sans doute, encore un homme fort et sain, mais son visage imposant et plein de feu s'est raccourci et montre bien des rides ; sa tète est chauve ; les poils de sa barbe ont blanchi ; sa haute taille se courbe. Son âme, cependant, est toujours jeune, sa causerie toujours vive, on peut même dire entraînante. Dans ses yeux brille, ainsi qu'un éclair, le feu éternel du génie. Son pays

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