‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 31 sur 133 · III. — LES PRECURSEURS · texte numérisé non relu

III. — LES PRECURSEURS

est toujours le thème favori de ses discours. Il a beau se tenir en exil, son âme plane au-dessus du Danube et son imagination le transporte vers les deux villes jumelles que séparent les eaux du grand fleuve blond; il pense à Budapest et veut qu'on lui raconte des heures durant combien la capitale prospère et embellit. Je devais aussi lui donner des nouvelles de notre art, de nos femmes dont il admire le patriotisme et l'intérêt pour toutes les manifestations du sentiment national. Et, cependant, bien peu de femmes hongroises l'ont visité pendant son long exil. »

Mlla Pàrlaghy nous raconte, en outre, comment elle se décida à demander à Kossuth l'honneur de faire son portrait. Elle savait pertinemment qu'il s'y était toujours refusé ; mais elle est femme et a su comment s'y prendre. De tout temps, la grâce a subjugué la force. Kossuth accorda donc plusieurs séances â M1Ie Pàrlaghy, et poussa si loin sa complaisance qu'il lui permit de faire son portrait de grandeur naturelle, dans trois poses différentes, dont deux le représentent assis et une debout. Le fils et la sœur de Kossuth ont trouvé les portraits d'une ressemblance frappante; aussi la jeune artiste a-t-elle le droit d'être flère de son succès et de s'écrier avec émotion : « Je bénis ma destinée qui m'a permis de voir l'accomplissement de mon rêve le plus hardi, et je bénis l'homme qui m'a procuré le bonheur de pouvoir transmettre son portrait à la

postérité. » Le nom de M"e Pàrlaghy se trouvera maintenant associé à jamais à celui du grand patriote qui a jadis communiqué tant de feu au cœur de sa patrie. C'est par l'amour d'une femme cpue l'image du Sauveur ressuscité s'est gravée dans le souvenir des hommes ; c'est grâce au cœur dévoué d'une noble femme que les traits de Kossuth ne s'effaceront plus. Si, dans sa vie, il a excité des méfiances et des haines, il a aussi éveillé de grands amours. Une femme hongroise lui a enfin parlé pour toutes ses compatriotes, pour celles qui lui gardent rancune ou qui lui ont déjà pardonné, comme pour celles qui l'adorent. Kossuth peut se consoler en pensant que le dernier mot est resté à l'amour et qu'une femme de talent a été l'interprète du meilleur sentiment.

Sur une des places de Budapest se dresse la statue du baron Joseph Eôtvôs. ' Il tend ses bras en avant comme pour s'avancer, mais sa marche semble rétardée par une force invincible. Le sculpteur Huszâr a sans doute voulu exprimer l'idée du progrès rationnel, et perpétuer dans le bronze cette fidèle expression de la vie et des œuvres de réminent écrivain et puissant homme d'Etat.

Le baron Joseph Eôtvôs fut à la fois un grand savant, un grand artiste, un grand penseur et un

1 Né à Bude le 3 septembre 1813, mort à Pest le 2 février 1871.

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