III. — LES PRÉCURSEURS
reur François-Joseph et du comte de Beust, les meilleures qualités de son peuplo. Il avait L'esprit et le cœur de tout le monde; aussi sa raison était-elle une raison supérieure qui dominait tous les raisonnements individuels. Quel noble représentant de son pays, quelle conscience l'orme, quel bon sens, quelle intégrité ! quelle force aussi dans sa modération et quelle ténacité lorsqu'il s'agissait de défendre une cause juste ! quelle indulgence pour les faiblesses d'autrui ! quelle dignité, quelle grandeur dans la simplicité! quelle harmonie, enfin, dans toutes ses facultés !
François Deàk, né le 17 octobre 1803 à Kehida, dans le comitat de Zalai appartenait à une famille d'ancienne noblesse. Ayant étudié le droit, il se distingua de bonne heure par son talent et par son esprit réformateur. A la diète de Presbourg (1832-3G) il représentait son comitat. Devenu bientôt un des chefs de l'opposition, il pérora pour des réformes rationnelles en proposant, non pas l'abolition, mais la modification du système féodal et l'égalité des citoyens devant la loi et devant les impôts. Ce fut encore lui qui, â l'occasion de la révolution de Pologne et des répressions qui s'ensuivirent, protesta contre les paroles d'un député conservateur qui soutenait qu'il fallait abandonner â elles-mêmes les nations destinées à périr. « Je le sais, observait gravement François Deàk, je le sais bien, l'histoire enseigne qu'une nation s'élève tandis qu'une autre
s'abaisse. Mais l'histoire ne nous enseigne pas à regarder froidement et sans la secourir une nation qui lutte contre la destruction. Je sais que les hommes naissent pour périr ; en est-ce moins notre devoir de secourir un homme dans le danger ou dans le besoin ? »
Dans les questions qu'il abordait, Deàk trouvait toujours la note juste. Ainsi, par exemple, il voulait la liberté des paysans, non pas pour diminuer l'influence des nobles, mais pour augmenter les forces de la nation. « Notre devoir de législateur, disait-il dans la séance du 10 novembre 1833, est double. Nous devons aider les paysans dans leur misère matérielle présente, mais nous devons aussi leur préparer un avenir plus digne en leur donnant la liberté et le droit de propriété. Voilà ce que le Gouvernement ne veut pas admettre, lui si pressé d'adoucir le sort des paysans. Tous ces adoucissements matériels ne sont que la moitié et même pas la moitié de notre devoir. La liberté des paysans est un devoir envers la patrie ; car la patrie n'est vraiment heureuse et florissante que lorsque des mains libres cultivent le sol. Et la nation dont l'indépendance est protégée par des mains libres est toujours forte. »
Voyant que le Gouvernement autrichien ne se souciait point de l'instruction publique en Hongrie, Deàk conseillait aux Hongrois d'y songer eux-mêmes : «Comment! s'écriait-il, nous ne demandons au Gou-