III. — LES PRÉCURSEURS
vernement ni argent ni conseil, nous n'attaquons en rien ses droits, nous voulons simplement faire une loi sur l'éducation de nos concitoyens, et l'on nous en empêche ! Quel sera le résultat de cette conduite ? On croira que le Gouvernement, se défiant de
la Hongrie, veut arrêter ses progrès re conseille
à la nation de ne compter que sur elle-même. »
Deàk distinguait cependant, toujours le Gouvernement de Metternich de la personne du roi pour laquelle il professait le plus grand respect. Lorsqu'il vit la liberté électorale menacée dans son pays, il adressa au roi lui-même cet appel suprême : « Je n'aurais jamais cru que dans un pays constitutionnel il me faudrait commencer par où je me vois obligé de commencer ; mais, puisqu'il le faut, je déclare qu'en nommant le Gouvernement, je n'entends point parler du souverain, mais bien des conseillers qui l'entourent et que les anciennes lois du pays devraient punir.... A personne il ne serait plus agréable qu'à moi de sécher les larmes et de briser les chaînes de ceux qui sont dans le malheur. Pourtant, je ne puis rien sacrifier du bien public ; ma conscience et les instructions que j'ai reçues me le défendent. Aussi avant toutes choses j'élève ma voix chargée de plaintes vers mon bon roi, et je me demande: Est-ce une plus grande preuve de confiance de dire ouvertement au prince : Seigneur, c'est pour tes fidèles Magyars une grande douleur, mais ils se sentent incapables d'obéir à tes ordres tant que tu
n'auras pas guéri leurs maux ; ou bien de dire : Nous souffrons, mais ce que tu désires nous allons l'exécuter ? D'après ma conviction, le premier de ces discours est le plus confiant et le plus respectueux. Aussi je demande qu'on nous donne satisfaction avant de discuter les propositions du roi. » Quel dévouement affectueux dans cette fermeté de langage ! Des voix se levèrent alors pour demander d'accepter ce que le Gouvernement proposait, dans l'espoir de hâter ainsi la délivrance des patriotes qui languissaient dans les prisons autrichiennes. Un Spartiate comme Léonidas, un Romain comme Attilius Regulus n'auraient pu répondre plus noblement que Deàk : « Les douces obligations de l'amitié et de la sympathie inspirent aux plus ardents de nos collègues le désir de soulager les souffrances, de délivrer les captifs et de les rendre â leur patrie. Mais un devoir plus saint et plus grand se dresse devant nous : le devoir envers la patrie. La nation ne nous a pas commandé d'adoucir le sort de quelques citoyens, mais bien d'obtenir le redressement des griefs publics. Eux-mêmes trouveraient une pareille liberté plus cruelle que leurs souffrances. »
François Deàk s'était tracé un chemin qu'il poursuivit avec fermeté jusqu'au bout, sans jamais se laisser détourner. Tous ses actes comme tous ses discours étaient concentrés vers un seul point : relever la patrie, la réformer progressivement et la rendre indépendante. Chargé avec Szâlay de prépa-