‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 35 sur 133 · III. — LES PRÉCURSEURS · texte numérisé non relu

III. — LES PRÉCURSEURS

rer un projet de code pénal, le résultat de son long travail parut un chef-d'œuvre aux jurisconsultes de son temps. A l'approche de la campagne électorale de l'année 1817, Deàk fut engagé à rédiger le programme de l'opposition modérée. « Je veux croire, écrivait le leader, que le Gouvernement n'osera jamais porter atteinte à notre existence constitutionnelle ; j'admets même qu'il cherche a la développer. Mais comment s'y prend-il ? Il dit qu'il veut établir l'ordre; mais l'ordre n'est qu'un moyen de gouverner, ce n'est pas le but d'un État. Pour qu'un Gouvernement puisse obtenir l'ordre, il faut qu'il soit fort, c'est-à-dire qu'il ait la force morale autant que la force matérielle. Or, un Gouvernement qui cherche à posséder la force morale se soumet aux lois et respecte les limites qu'elles prescrivent. Est-ce là la conduite du Gouvernement ? »

En 1818, étant ministre de la justice dans le cabinet du comte Batthyâny, Deàk pourvut réellement aux intérêts de son administration. Pendant la période de fermentation active, ne se trouvant pas d'accord avec Kossuth dont il désapprouvait les mesures révolutionnaires, il se tint à l'écart. Après la répression, le Gouvernement autrichien, ♦ qui avait toujours apprécié sa droiture et craint son influence, tâcha de le gagner, en l'engageant à préparer un plan de réformes. Deâk refusa net son concours et se retira à la campagne. Lorsqu'en 1860, un « diplôme impérial » inaugurait la première

forme de régime constitutionnel, toutes les espérances se tournèrent vers lui. Mais le sage patriote se méfiait toujours. L'Autriche ne lui offrait pas encore des garanties suffisantes. D'après son sentiment, elle n'avait, après tout, rien à octroyer à la Hongrie, mais seulement à la laisser rentrer en possession de ses droits et de sa constitution historique. Suivant la tradition, la monarchie hongroise ne peut être que constitutionnelle. Quant à la dignité royale, voici ce que la pragmatique-sanction établissait dès 1723 pour la maison de Habsbourg-Lorraine : Tant qu'il y aura des descendants mâles des trois branches de la maison impériale, tant que ces princes de Habsbourg-Lorraine observeront la constitution hongroise, le peuple magyar se maintiendra fidèle à cette dynastie et n'en choisira pas d'autre. Aucun roi de la Hongrie ne peut être couronné par le prince primat archevêque de Gran avec la couronne de Saint-Etienne, s'il ne prête serment à la constitution devant le peuple, par un diploma augurale. Dés qu'il la viole, il peut être dépossédé. Le roi doit appartenir à la religion catholique romaine, qui est sous son patronat, mais il exerce aussi sa surveillance suprême sur les autres confessions religieuses de l'État, sans exclure les Israélites que la loi de 1807 a émancipés, en reconnaissant leur autonomie dans les affaires religieuses et scolaires. Le roi est le chef suprême de l'armée et décide de la guerre et de la paix avec le concours du parle-

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