III. — LES PRÉCURSEURS
couronne de Hongrie. L'empereur d'Autriche étant,
par la couronne de Saint-Etienne, reconnu roi de Croatie, d'Esclavonie et de Dalmatie, puisque ces pays ont souvent appartenu dans le passé à cette même couronne, les lois votées au parlement hongrois sont valables pour tous les pays dépendants de la couronne de Saint-Etienne. La ville de Fiume envoie au parlement hongrois un seul député. La Croatie et l'Esclavonie ont leur autonomie en ce qui concerne la justice, les cultes et l'instruction publique et auraient dû verser dans les caisses de l'État, d'après la loi de 1868, la contribution annuelle de 64,407,799 florins, pour leur quote proportionnelle des affaires communes avec la Hongrie. ' Ces deux pays étant trop pauvres pour supporter cette grave contribution, qui aurait absorbé la plus grande partie de leur budget, le Gouvernement hongrois, dans le désir de faciliter les rapports de la Hongrie avec la Croatie, l'Esclavonie et la Dalmatie et voulant favoriser le développement économique général, autorisa ces pays à prélever d'abord les sommes nécessaires à leur budget annuel et à ne fournir que le surplus dont elles pourraient disposer pour les affaires communes. Le ban de Croatie, d'Esclavonie et de Dalmatie est nommé par le roi sur la proposition du premier
1 Liste civile, recrutement, défense du pays, service militaire, entretien des garnisons, administration des impôts, douanes, télégraphes, postes , chemins de fer , ports, navigation, routes de l'Etat, etc.
ministre de Hongrie. Telles sont les bases essentielles du traité public qui régit depuis bientôt dix-huit ans les relations entre la Hongrie et l'Autriche. '
Personne ne saurait prévoir les conflits de l'avenir. Quant au présent, l'Autriche et la Hongrie ont été sauvées par le compromis, et la dynastie de Habsbourg a conservé le trône au moment où elle se trouvait le plus menacée. Il fallait passer par là; aucune réconciliation n'était possible sans des concessions réciproques et sans que, de part et d'autre, on modérât les exigences.
Deàk a rendu un grand service à l'humanité par cette réconciliation. Il a empêché une révolution et une dissolution inévitables. Il a permis à son pays de se recueillir et de travailler avec le consentement et l'aide de sa voisine. Son œuvre devait être et fut féconde. Les bénéfices que le pays en a tiré sont immenses. Il est possible qu'on oublie un jour en Hongrie tout ce qu'on doit à ce grand patriote. Pour le moment, la chambre du Musée National qui contient son mobilier est encore visitée avec émotion. L'immense tableau de Zichy, représentant la visite de la reine au cercueil du sage de la nation, est la great attraction pour la foule qui visite la galerie de ce musée. Le mausolée de Deàk domine le cimetière de Budapest. Le portrait du grand homme
1 Keleti, Hongrie, exposé géographique et statistique. Pest, 1873.