IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE
a autrefois si bien administré sa fortune qu'il est parvenu à la doubler, pendant qu'il s'occupait avec un si grand succès à augmenter la prospérité publique, comment se fait-il que les autres membres de sa caste n'aient pas compris qu'on peut fort bien avoir soin de son nom et de son rang, et, en même temps, s'occuper de ses propres intérêts, non seulement sans détriment, mais au profit du bien public?
Tout en faisant fi des affaires, les nobles magyars sont facilement accessibles à l'ambition politique. Mais, quoique nés pour briller au premier rang, ils ne pourront plus se remettre à la tête du mouvement politique qu'à la condition de se pénétrer de l'esprit moderne et des exigences de la vie contemporaine.
Si, au moment de la dernière reconstitution du royaume de Hongrie, le comte Jules Andrâssy fut désigné par l'opinion publique et choisi par- le roi comme premier ministre, ce choix, conseillé d'ailleurs par Deâk, ne fut pas aveugle. On dut sentir que M. Andrâssy était l'homme de son temps.
Fils du comte Charles qui déploya jadis une si grande activité pour le progrès économique et industriel de sa nation, le comte Jules apprit de bonne heure, soit en voyageant avec son père, soit en le suivant de près dans ses entreprises industrielles, à apprécier l'importance et les ressources du travail. Très jeune encore à la mort de son père, ' il le
1 Le comte Jules naquit le 8 mars 1823 à Zemplin ;
remplaça comme président de la société pour la régularisation du cours de la Theiss, création de Szétchenyi. En 1847, le comitat de Zemplin le nomma son représentant à la diète où il brilla par ses qualités oratoires. En 1848, il fut nommé comte suprême de Zemplin par le Gouvernement constitutionnel. En 1849, Kossuth l'envoyait en qualité de ministre plénipotentiaire à Constantinople ; il s'y trouvait encore, lorsque le Gouvernement autrichien, qui avait triomphé de la révolution, le condamna à mort en contumace et le fit pendre en effigie. Le comte Jules Andrâssy passa son exil de neuf ans à Londres et à Paris, et profita de son séjour dans ces deux centres de la civilisation moderne pour fortifier son esprit et sa culture, et pour nouer des relations qui devaient lui être utiles un jour. A l'occasion de amnistie générale de 1857, il put retourner en Hongrie, et, après trois ans de recueillement, rentrer dans la vie politique en qualité de député de Zemplin. Bientôt, il fut remarqué à la diète comme un des membres les plus influents du parti Deàk. Cette position exceptionnelle le fit tout naturellement avancer jusqu'à la présidence du premier cabinet consti-
son père mourut en 1845. Le comte Jules a d3iix frères, le comte Emmanuel, l'aîné de la famille, député au parlement, qui a voyagé dans l'Asie orientale et publié une relation de son voyage, et le comte Aladar qui s'est distingué en 1848 en combattant sous les ordres du général Bem.