‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 43 sur 133 · IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE · texte numérisé non relu

IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE

nant, inévitable et absorbant. On peut le regretter à plusieurs points de vue, et" nous craignons que dans ce pacte des trois empereurs les intérêts de la justice n'aient pas toujours été pris en considération. Nous regretterions vivement, par exemple, si M. Andrâssy, pour faire le bonheur et la grandeur de la Hongrie avait consenti au sacrifice éventuel de la Pologne à la Prusse. Chaque peuple a, sans / doute, le droit de pourvoir â ses intérêts, mais seu- ] lement en respectant les intérêts des autres. L'his-/ toire nous prouve que les petits peuvent devenir grands ; l'Italie, la Grèce, la Hongrie elle-même sont en plein développement. Pourquoi un homme politique hongrois devrait-il consentir â voir étouffer par trois colosses la Pologne ? Pourquoi ne devrait-il pas l'aider plutôt à se délivrer de ces étreintes mortelles? Nous savons que le prince de Bismarck professe le plus grand dédain pour la politique sentimentale. Il n'en fait pas lui-même et n'aime guère ceux qui en font. Mais on appelle parfois sentimental tout ce qui est conforme aux intérêts de la justice, de la liberté, de l'humanité. Un homme politique magyar doit se garder plus que tout autre de confondre les deux choses ; car le respect du droit des faibles n'est pas seulement exigé par un sentiment humain et consacré par les lois, il est aussi conseillé par l'intérêt. Il se peut, en effet, que les faibles deviennent forts un jour et qu'ils se vengent. Les Hongrois aussi ont été en tutelle ; arrivés maintenant à la majorité,

ils ne doivent jamais perdre de vue les intérêts des mineurs qui les entourent. Nous avons plus d'une fois entendu lancer par des ennemis de la Hongrie des propos comme ceux-ci: « La Hongrie ne représente rien en Europe. Elle est trop isolée, trop minime, trop faible, pour exister par elle-même ; la Russie c'est la force, l'Allemagne c'est la science, l'Angleterre c'est l'industrie, la France c'est l'esprit, l'Italie c'est l'art ; qu'est-ce donc que la Hongrie? Tous les autres peuples qu'elle voudrait gouverner ont des attaches, un soutien, une base dans une race nombreuse et puissante. Quelle étrange prétention que celle des Hongrois de vouloir nous dominer! »

A des propos pareils nous avons constamment répondu : « Les Hongrois ne songent pas à dominer, mais à rallier. Il faut d'ailleurs que le gouvernement soit entre les mains de gens ayant du prestige et sachant, à l'occasion, tirer l'épée pour défendre les faibles. Les Hongrois ne sont ni des tyrans ni des oppresseurs, ainsi que les peuples gouvernés maintenant par eux se plaisent à les représenter, mais de véritables chevaliers de la cause commune. »

Il faut qu'il y ait, au centre de l'Europe, souche de chevaliers, et la politique hongroise a décidément sa raison d'être si elle s'inspire à un sentiment chevaleresque. Si on s'avisait de faire à Budapest la même politique utilitaire qui caractérise nombre d'autres cabinets européens, on ne prendrait certainement aucun intérêt au développement de la puissance

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