‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 44 sur 133 · IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE · texte numérisé non relu

IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE

hongroise. Mais nous voyons dans la prépondérance magyare une garantie que l'esprit dominant dans l'empire fédéral danubien sera un esprit exclusivement chevaleresque. On ne saurait être un véritable homme politique hongrois sans être entièrement pénétré de cet esprit. ' '-'*• v C*rt*4r**^re*-J

Le comte Andràssy était au nombre de ceux qui pouvaient le mieux représenter, dans la triple alliance, l'esprit chevaleresque de sa nation. Mais, peut-être, a-t-il trop recherché l'approbation de M. de Bismarck. Il a certainement servi les intérêts immédiats de la Hongrie et son pays en a profité et en profite encore; mais ce que les hommes politiques hongrois préparent actuellement pour leur nation étant surtout destiné à garantir l'avenir, aucun Magyar ne devrait jamais perdre de vue que le plus grand avantage du peuple hongrois c'est l'opinion qu'on a de sa noblesse. Il faut que cette noblesse s'impose par le langage et par la conduite des hommes du Gouvernement. Dès qu'ils cessent de parler et d'agir noblement, on refuse de les écouter et de les suivre. Être habile ce n'est pas assez pour réussir longtemps en Hongrie. On peut obtenir quelques succès momentanés et trouver quelques partisans, peut-être même des admirateurs. Mais la considération durable ne suit pas ces succès éphémères.

Le comte Andràssy lui-même, lorsqu'il parle et juge de la politique en simple spectateur, comprend parfaitement qu'il n'y a rien de plus urgent et de

plus important en Hongrie que de sauvegarder et de maintenir dans leur intégrité la dignité, la fierté, l'indépendance des Magyars.

Nous nous souvenons de ce qu'il nous disait â la veille de la discussion du projet de loi pour la réforme du Sénat qui devait, après avoir été approuvé à la Chambre des députés, passer sous la discussion des magnats:

« Je pense, affirmait-il, qu'une réforme est nécessaire; mais M. Tisza s'y est, peut-être, mal pris. Il échouera, dès que son projet sera porté devant les magnats. Pas un seul magnat ne votera son projet tel qu'il est ' et M. Tisza devra le remanier. Le projet n'est pas encore mûr. Le ministre-président n'a pas eu le temps de le méditer. Où le trouverait-il? Ne voyez-vous pas que, comme président et comme ministre de l'intérieur, il est forcé de passer toute sa journée à la Chambre? La Chambre est devenue son bureau. Il est sur de sa majorité et gouverne par elle; on a beau l'attaquer et le blâmer; lorsqu'on vote, il a toujours raison. L'intention de M. Tisza est, ù ce qu'il parait, de bureaucratiser le Sénat, tout comme il a été fait pour la Chambre des députés, en vue do s'y assurer à tout prix la majorité; mais aiors, qu'irions-nous faire au Sénat? A quoi bon perdre notre temps à prononcer et à écouter des discours, si tous ces discours doivent nécessairement,

1 Eu effet, ce projet fut cousidérablemeut modifié.

Page 1