‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 45 sur 133 · IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE · texte numérisé non relu

IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE

fatalement tomber dans l'eau? Le jour où la Chambre liante ne signifiera plus rien pour le pays et ne fera qu'un double emploi avec la Chambre des députés, le jour où l'on aura réussi de cette façon â garantir au Gouvernement la perpétuité du pouvoir, je cesserai de paraître au Sénai et je monterai à cheval. Je conviens que, dans ce moment, notre Chambre haute ne vaut pas grand'chose; mais on ne peut pas, on ne doit pas lui enlever son caractère aristocratique. Je veux bien que l'on fasse entrer dans le sénat des éléments nouveaux, mais â condition qu'ils soient toujours des éléments aristocratiques. Et de grandsjkrivains, de grands artistes, des hommes d'un mérite incontestable, c'est encore de l'aristocratie' et de la meilleure. En acceptant ces éléments nouveaux, le Sénat ne pourra qu'en profiter: mais ils ne sauraient être nombreux et devraient être signalés seulement par le suffrage de l'opinion publique. M. Tisza, lui, vise surtout â réformer le Sénat, en y introduisant des éléments bureaucratiques, des membres de l'administration qui votent pour lui en toute occasion. Ceci serait désastreux et amènerait â la longue une grande confusion. Chaque nouveau ministère, en admettant encore la possibilité d'un changement de ministère, chercherait à s'assurer la majorité dont il aurait besoin. Celui-ci, suivant ses sympathies, accorderait des privilèges à une classe, â une confession, celui-là à une autre classe, â une autre confession. Après quelque

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temps, on ne trouverait plus, dans la Chambre haute, l'ombre d'un principe aristocratique. Alors, pourquoi existerait-elle encore? »

Le comte Andrâssv ne serait point contraire, cependant, â l'introduction des Juifs au Sénat : seulement il ne voudrait pas les admettre comme représentants officiels de leur confession. Juifs ou Chrétiens, peu importe: s'ils ont une grande valeur, s'ils ont rendu au pays de grands services, ils méritent d'entrer dans la Chambre aristocratique. Certes le comte Andrâssv, qui a contribué à émanciper les Juifs, trouve qu'après leur admission aux droits civils et politiques, ils se sont multipliés, à Budapest surtout, dans des proportions inquiétantes. Mais à qui la faute ? M. Andrâssy nous faisait remarquer que dans certaines provinces de la Hongrie où le paysan hongrois est plus actif qu'ailleurs, celui-ci sait fort bien se défendre du Juif et même l'obliger â se magyariser et à adopter toutes ses mœurs. Le Juif n'a pas non plus de grandes chances de succès parmi les Saxons ni parmi les Arméniens de la Transylvanie ; les uns et les autres s'entendent merveilleusement eux-mêmes au commerce : « Un Arménien, nous disait M. Andrâssy, vaut deux Juifs. » Pourquoi les Hongrois n'imiteraient-ils point l'exemple des Saxons ? C'est bien ce que M. Andrâssy a toujours désiré. En donnant aux Magyars les Juifs comme leurs maîtres en affaires, on espérait éveiller en eux le goût pour le commerce. M. Andrâssv a certainement fait autre

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