‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 46 sur 133 · IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE · texte numérisé non relu

IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE

chose pour son pays e1 mieux que cela; mais puisque de cela aussi on peut, jusqu'à un certain point, lui savoir gré, il est bon de le l'appeler, pour décharger d'une partie de sa responsabilité lu premier ministre ^/tfZ* i ^actuel qu'un grand nombre de ses adversaires accusent maintenant d'avoir donné un caractère bourgeois, pour ne pas dire juif, a la nouvelle Hongrie. On était déjà outre dans cette voie avant Al. Tisza ; et, en ligne de justice, ce qui est encore un titre de gloire pour le baron Eôtvôs et pour Ad. Ândrâssy ne doit pas devenir un grief pour leur successeur. Si tous ces hommes politiques, dans le mouvement actuel, ont encouragé tout spécialement la bourgeoisie, c'est qu'ils l'ont trouvée plus prête et mieux disposée que les autres classes au travail exigé par la réorganisation de la société et de l'État hongrois. Ni M. Eotvos, ni M. Andrâssy, ni M. Tisza n'ont songé à exclure les aristocrates du mouvement actuel et -des bénéfices qui en peuvent résulter. Les déclamations imprudentes de l'année 1848 contre les nobles ont cessé. Mais là où l'on avait besoin d'un grand nombre d'ouvriers, et là où l'œuvre était urgente, il fallait se servir des premiers venus. Si les membres de l'aristocratie s'étaient trouvés tous en première ligne en 1867, les affaires auraient peut-être pris une autre tournure. Les ministres de cette époque comme ceux d'aujourd'hui ont compris et accepté la situation telle qu'elle était et ont cherché leur appui là où cet appui s'offrait plus large, plus solide et plus

prompt. Si nous louons, ainsi qu'il convient, M. Andràssy d'avoir employé dans son gouvernement les moyens les plus pratiques, ne blâmons donc pas trop M. Tisza d'être entré dans cette même voie et de suivre le même système. Tout au plus, pourrait-on lui reprocher de l'avoir poussé un peu trop loin et d'en avoir fait le pivot de toute son administration.

M. Coloman Tisza, qui gouverne la Hongrie depuis dix ans, ne compte que cinquante-cinq ans, quoiqu'il ait l'air d'en avoir soixante-dix. Sa santé a toujours été très chétive, mais dans ce corps fragile se cachait de bonne heure une âme de fer.

On nous a raconté que, dans son enfance, ses médecins lui conseillaient des bains froids aux eaux de Borszek en Transylvanie. Le jeune Coloman y fut donc conduit, mais il se refusait obstinément à faire son plongeon. Son père, sa mère, tous ses parents, tour â tour, le pressaient, le suppliaient inutilement : ni prières, ni menaces, ni aucun autre moyen n'avaient d'eilét sur lui. On s'avisa tout à coup de lui parler au nom de la patrie, ;i laquelle il devait se conserver. Ce mot magique suffit pour que l'enfant se jetât de lui-même â l'eau.

M. Tisza est, avant tout, un excellent patriote et un calviniste convaincu. Entré de bonne heure dans la vie publique, il se jeta tout de suite dans l'opposition en combattant d'abord contre le ministère autrichien Thun, pour défendre l'autonomie de l'Église protestante hongroise. Après 1860, étani

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