IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE
député à la Chambre, il se trouva, par le suicide du comte Ladislas Teleki, à la tête du centre gauche. Au mois de mars de 1875, après la fusion de ce parti avec le parti Deâk, qui amena une longue crise ministérielle et l'avènement du ministère Wenckheim, il entrait dans ce nouveau cabinet comme ministre de l'intérieur, et, quelque temps après, remplaçait aussi le baron Bêla Wenckheim à la présidence. En souvenir de l'ancien centre gauche dont M. Tisza était le chef, la nouvelle majorité parlementaire prit le nom de « parti libéral » quoique les membres de cette majorité fidèle, qui parlent rarement et qui votent toujours en faveur de M. Tisza, soient désignés par l'opposition sous le nom moins ilatteur de « Mameluks. » M. Tisza fut appelé à faire partie d'un nouveau cabinet, après son mémorable discours du '3 février 1875, le plus éloquent peutêtre qu'il ait prononcé comme chef du centre gauche. Dans cette séance, M. Tisza posait la question financière comme question nationale et faisait un appel à tous les partis, à celui de Deâk comme à l'opposition, pour qu'ils cherchassent ensemble la solution du grave problème dont dépendaient le développement économique, la prospérité, la force et l'indépendance du pays.
M. Tisza, n'est rien moins qu'un orateur éloquent. Son organe est très faible, sa voix tremble et gémit, et son jeu n'a aucun éclat; mais il est un polémiste et un dialcctici(jjr4rabile ; il trouve toujours le côté faible
de l'adversaire, ne lui laisse point de répit, le harcèle, le fatigue et sait aussi, d'un trait, le blesser au cœur. S'il ne donne à ses discours aucun développement oratoire, il sait les émail 1er de pointes acérées. M. Tisza est surtout un habile logicien et, lorsqu'il le faut, pour confondre un adversaire, un sophiste adroit. Il se garde de relever dans les discours de ses opposants ce qui pourrait le gêner ; mais, en les écoutant attentivement, il prend des notes, s'appliquant surtout â tâcher de les surprendre en flagrantecontradiction avec eux-mêmes et avec leur parti. Aussi, lorsqu'il riposte, il déchire. M. Tisza connaît l'homme et ses faiblesses ; jamais il n'est dupe de fausses apparences. Son j.eil perçant, véritable œil de faucon, devine l'intention cachée de certains mouvements oratoires qui ont l'air grandioses et imposants et ne sont très souvent qu'un jeu d'acteur. Ayant vu jouer de près et joué lui aussi ces rôles dans les rangs de l'opposition, il eu connaît la valeur et persillé impitoyablement tous ceux qui s'en affublent. La droite, en regardant et en écoutant son chef, s'amuse, admire, vote et gagne la partie; la gauche s'agite, se fâche, proteste, mais ne peut, après tout, que constater sa propre impuissance ainsi que l'inutilité d'un combat livré seulement avec des discours, tout éloquents qu'ils puissent être. M. Tisza, avec son esprit sarcastique, doit, au fond de son cœur, se moquer également de ses « Mameluks » et de ses oppositeurs, de la fidélité aveu-
à 'ùiA A» Xrv