‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 48 sur 133 · IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE · texte numérisé non relu

IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE

gle, mais raremenl désintéressée des premiers et de L'acharnement quand même et û tout propos des derniers. Depuis que le pouvoir est entre ses mains, il a su, par nulle moyens habiles, rattacher au Gouvernement un si grand nombre de députés qu'on ne voit pas trop comment la majorité, qu'il s'est créée avec une finesse et une obstination incomparables, pourrait se dissoudre. M. Tisza sait bien que l'opposition ne saurait employer ses moyens pour parvenir ; elle n'en dispose pas, et lors même qu'elle pourrait s'en servir, elle ne le ferait pas, après avoir avoué hautement son souverain mépris pour le < gouvernement actuel et pour son système qu'elle taxe de corrupteur. C'est là, en effet, un sortilège, qui ne pourrait se rompre que par un sortilège plus puissant encore. Lorsque M. Tisza est monté au pouvoir, tout le monde a vu en lui le sauveur des iinances. L'opposition se demande maintenant si, en augmentant considérablement les emplois pour obliger le plus grand nombre de personnes possible, le chef du Gouvernement actuel a choisi le meilleur moyen pour justifier les espérances que son avènement avait éveillées. L'opposition ne pourrait donc entrer elle-même dans cette voie qu'elle juge immorale et désastreuse. Que doit-elle faire ? Il ne lui reste que le droit de parler, de crier et de protester. Quant à M. Tisza et à son parti, ils ne s'en préoccupent guère. Cet enchaînement habile d'intérêts personnels qui soutiennent le Gouvernement

est la création souveraine de M. Tisza et lui permet, après dix ans de pouvoir, de traiter l'opposition avec un certain dédain.

Mais ici vient se placer une grave question. Du moment que l'opposition vaut si peu de chose aux yeux de M. Tisza, demandons-nous, et puisque les discours des opposants ne laissent, à son avis, aucune trace dans l'opinion publique et ne méritent point d'être pris au sérieux, pourquoi M. Tisza empêche-t-il qu'on parle des éclatants succès oratoires de la gauche dans les dépèches officielles qui partent pour Vienne ? Ne dirait-on pas qu'il y a là, de la part du ministre, un symptôme d'inquiétude pour l'avenir ? Il nous semble aussi que, lorsqu'on reproche à l'opposition de ne pas avoir des principes nettement définis et de viser seulement au pouvoir — vieille accusation portée par tous les Gouvernements constitutionnels contre toutes les oppositions, — lorsqu'on se fâche contre les beaux discours, contre les brillants orateurs, on sent la possibilité de voir la seule éloquence, qui a déjà créé une auréole de gloire aux chefs de l'opposition, impressionner à la longue les cercles politiques et la cour de Vienne et changer la disposition des esprits à l'égard du gouvernement de M. Tisza. Comment cet homme d'État, si lin, si prudent, si dévoué à son pays, pourrait-il avoir déjà oublié qu'il est monté au pouvoir par l'effet d'un mouvement oratoire, par un appel patriotique ? Comment ne pas craindre qu'un jour ou l'autre un des chefs

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