IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE
de cette gauche 113 réussisse à remuer le cœur des <• Mameluks » eux-mêmes, par un appel semblable, et à renverser le ministère? L'ennemi qu'il méprise
et qu'il décrie peut réserver de tristes surprises à M. Tisza. Ne vaudrait-il pas mieux corriger les pernicieuses tendances bureaucratiques de sou système de gouvernement et s'assurer une majorité plus solide et plus sympathique, en ralliant au pouvoir les membres plus influents de l'opposition ? Le comte Apponyi, Désiré Szilàgj'i, Daniel Irânyi sont trois capacités doublées de trois orateurs éloquents et jouissent d'une grande popularité. Le premier défendrait les véritables intérêts de l'aristocratie progressiste, le second représenterait on ne peut mieux la bourgeoisie qui s'ennoblit par l'intelligence et par la culture, le troisième, s'il pouvait renoncer à son programme désormais vieilli de l'année 1848, serait l'avocat le plus vertueux et les plus écouté de la cause du peuple et donnerait au gouvernement de M. Tisza un caractère vraiment national. Mais nous sentons bien qu'à l'heure présente une conciliation entre le parti gouvernemental et l'extrême gauche serait une utopie, et nous nous contenterions d'une fusion plus simple, si les ambitions personnelles qui se trouvent en jeu permettaient aux hommes du Gouvernement et à leurs opposants de se placer à un seul point de vue patriotique.
Dans le moment actuel, le ministre Tisza a dans son cabinet des capacités, mais ne compte qu'un seul
homme vraiment supérieur, un homme qui est une force, un appui, une réclame pour le Gouvernement. Cet homme rare est M. Tréfort, le ministre des cultes et de l'instruction publique. Deux autres ministres le soutiennent par leur concours efficace et sympathique. L'un d'eux est le baron Gabriel Keményi, qui s'intéresse vivement, dans son département des travaux publics, à tout ce qui peut augmenter, faciliter et améliorer les communications en Hongrie ; l'autre est le comte Paul SzéichenylTninistre de l'agriculture et du commerce, qui poursuit le développement de l'industrie agricole, de la richesse nationale, tout en prodiguant des soins intelligents aux écoles rurales et économiques. La reconstruction de la ville de Szegedin, l'endiguement de la Theiss etl'exposition nationale de Budapest témoignent de l'activité et du bon vouloir de ces deux ministres distingués. Mais le feu sacré et les vues supérieures qui caractérisent l'œuvre de M. Tréfort lui donnent une place à part et au-dessus de tout ce qui se fait dans les autres départements du cabinet hongrois. Le comte Jules Szapàry, le ministre des finances, lutte bravement, mais avec des ressources insuffisantes contre des difficultés énormes;1 de
1 Né à Budapest le 1er novembre 1832 ; il est ministre depuis 1878, et président de la société agricole depuis 1875. De 1872 à 1875 il avait été ministre de l'intérieur. Avant d'être nommé ministre des finances, le comte Szapàry fut nommé président de la commission hongroise pour l'exposition internationale de Paris.