V. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE. L
même que cela soit, on ne peut nier que sous ces luttes dites personnelles perceni des principes et
des idées qu'il serait peut-être utile de suivre. Le comte Apponyi place son idéal national plus haul que M. Tisza; si ce dernier pouvait être renversé aujourd'hui, il est évident que M. Apponyi serait appelé à réaliser cet idéal. Il va là, croyons-nous, un avertissement dont M. Tisza pourrait faire son profit, en essayant une nouvelle fusion avec l'opposition modérée, quelque chose d'analogue en sens inverse à ce qu'il fît. comme chef du centre gauche, avec le parti Deàk.
En notre qualité d'étranger et d'ami des Hongrois, nous avons essayé de saisir sur le vif toutes les forces actives de la nation et nous ne les avons naturellement pas trouvées toutes réunies d'un seul côté. Un homme de gouvernement doit avoir cette même objectivité de vues. Sans attendre que les forces de tous les partis viennent à lui, l'homme d'État a l'obligation d'aller lui, le premier, à leur rencontre et de rallier ces forces, afin que le gouvernement représente le plus complètement possible la sève qui monte, les éléments qui avancent, en un mot, toutes les individualités les plus populaires et les plus efficaces du pays.
Le cabinet Tisza inspire sans aucun doute la confiance. Le président sait ce qu'il veut. Il s'entend parfaitement à discipliner ce qu'il commande et à mettre de l'ordre dans l'administration. Aussi se dé-
clare-t-il satisfait en voyant comment son collègue M. Tréfort sait faire avancer la culture nationale et infuser un peu de vie à la lourde machine gouvernementale. Mais, pour peu qu'on analyse les éléments dont le ministère actuel se compose, on sent que, dans un pays aussi jeune et aussi pressé d'arriver que la Hongrie, il faudrait, en y travaillant de part et d'autre, faciliter et accélérer les mouvements de cette machine, au lieu d'en compliquer les rouages. Pour gouverner, il ne suffit pas de renforcer l'autorité bureaucratique; il faut encore, il faut surtout donner des idées à fout ce qui fait partie du gouvernement. Or, pour donner des idées il faut d'abord en avoir. Sans feu, point d'incendie. Est-ce â dire que la Hongrie gouvernementale manque de foyers lumineux? Loin de là, et nous venons d'en signaler un des plus brillants dans la personne de M. Tréfort. Il faudrait seulement que le président du conseil cherchât à s'entourer d'autres éléments de ce genre. Qu'il continue ce rôle de modérateur, qui est désormais le sien, mais qu'il n'oublie pas d'avoir lui aussi crié du haut de la tribune, il y a dix ans de cela: « La patrie avant tout! »
L'enthousiasme soulevé en Hongrie au mois de mars 1875, lors de la constitution du parti libéral parlementaire issu de la fusion du parti Deàk avec le centre gauche, se renouvellerait, sans aucun doute, le jour où, par l'initiative de M. Tisza, on constituerait nu grand parti national dont son propre gou-