IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE
vernement sérail le centre et qui accueillerait les meilleurs éléments de l'opposition modérée. Les ovations dont le ministre-président a été l'objet à l'occasion du dixième anniversaire de son entrée au ministère de l'intérieur, la lettre flatteuse que le roi lui adressa à cette occasion, la majorité constante sur laquelle il peut compter dans tous les débats parlementaires, donnent à M. Tisza une force exceptionnelle. Son patriotisme, la fermeté de son caractère, son activité, son esprit de suite, son habileté, lui ont attiré la considération, mal dissimulée, de ses propres adversaires. Sa vie simple et austère, ses actes politiques, la constitution d'une banque d'État austro-hongroise, le compromis administratif avec la Transylvanie, la réorganisation des différentes brandies de l'administration, la réforme du Sénat, dix années de pouvoir lui ont assuré un prestige dont aucun autre homme politique, â l'exception, peut-être, de M. Andràssy, ne saurait jouir â l'heure présente. Malgré tout cela, M. Tisza ne peut avoir la conscience d'interpréter, par ses actes, l'esprit et le caractère du peuple hongrois. Il y a de la raideur dans son langage et dans sa conduite. Cette raideur est, peut-être, le résultat de son éducation calviniste; mais elle est indéniable. Ses amis mêmes la constatent, quoiqu'ils assurent que dans l'intimité et dans le cercle de la famille, M. Tisza est tout autre homme. Nous le croyons, mais cela ne nous suffit pas. Le chef d'un gouvernement est aussi, à certains égards, un père
de famille, et le jeu gouvernemental, jusqu'à un certain point, un jeu de magicien. Moyennant certaines influences, la sympathie s'éveille dans le pays, et, par la sympathie, l'activité patriotique. Cela arrive lorsqu'à la tète du gouvernement il n'y a pasî seulement des sages, mais aussi des fascinateurs. M. Tisza a consolidé son pouvoir; il serait temps de l'ennoblir et d'eu augmenter le prestige. Il a fait de la prose jusqu'ici et personne ne peut lui en vouloir, puisque sa prose était nécessaire. Mais, à la longue, et en Hongrie surtout, la prose seule fatigue. Pour assurer une longue vie au cabinet Tisza il faut qu'un souille poétique vienne le ranimer. Les comtes suprêmes peuvent l'aider à maintenir l'ordre dans le pays; la presse fidèle peut continuer à chanter ses louanges; la Chambre obéissante à voter comme il veut; mais les nobles et le peuple qui constituent, après tout, la véritable Hongrie, sentent que yquelque chose d'essentiel manque à la vie nationale. Ce quelque chose c'est l'inspiration.
Dans une entrevue que nous avons eue avec M. Tisza, nous remarquions que ce que cet illustre homme d'État admire de plus en Italie est son assiette financière et que l'homme qu'il envie le plus aux Italiens n'est point un grand artiste, ou un grand écrivain, ou un grand savant, mais M. Mâgliani, le ministre des finances. Les questions financières continuent à être son idée fixe, comme elles l'étaient le jour où il livra bataille au cabinet Bittô qu'il devait renverser