IV. — LE GOUVERNEMENT ET LA PRESSE
paré. C'est tout ce que l'on peut exiger d'un comte suprême. » Nous avons cependant trouvé nombre de ces hauts fonctionnaires à leur place et 1res intéressés de la prospérité de leur comitat. Nous avons aussi constaté les excellents rapports qui existent entre l'autorité gouvernementale et le chef de la municipalité: à Kolozsvàr ei à Szegedin surtout nous avons été édifié par cette entente cordiale et par le zèle commun pour le bien public.
On ne saurait parler du Gouvernement et de la vie publique d'un pays libre sans toucher la question de la presse. La transition est donc tout indiquée.
Le nombre des journaux qui se publient en Hongrie est vraiment considérable. Une partie de la presse périodique est une grande force dans les mains du Gouvernement, et M. Tisza sait en faire son profit. Il s'entend aussi bien à mettre la sourdine aux journaux, lorsqu'il désire étouffer une discussion quelconque, qu'à donner l'intonation aux dithyrambes qu'il fait chanter en son honneur par la presse officielle ou officieuse. Malgré toutes ces précautions, les attaques des journaux de l'opposition sont rudes et fréquentes ; mais, il faut bien l'avouer, ces attaques accusent souvent le parti pris. Or, un pareil système peut tenir en haleine la curiosité publique, mais à la longue diminue l'autorité des opposants.
On lit beaucoup en Hongrie, et le grand nombre de clubs, de cafés, de restaurants où l'on trouve les principaux journaux contribue à la diffusion des
feuilles périodiques. Chaque journal politique doit payer un cautionnement de 10,000 florins, comme garantie des amendes éventuelles; mais il est évident que ce cautionnement cesse d'être une formalité seulement pour les journaux de l'opposition. Les délits de presse sont jugés par un jury. i
Une partie de la presse politique hongroise se trouve dans les mains dllsraâlites Eori intelligents ;
1 Cette disposition de la loi hongroise qui nous semble sage et libérale a cependant le pouvoir d'indigner tout particulièrement les Daco-romains de la Transylvanie. Leiirs plaintes à ce -sujet, justes d'ailleurs à leur point de vue, se trouvent exprimées avec une violence de langage qui dénote la passion, dans le Mémorandum composé et publié par le comité élit, par rassemblée géné~ raie des représentants des électeurs roumains, ternie à Hermannstadt le 12, 13 et 14 mai 1881:
« Le jury introduit pour les délits de presse, n'est point pour les Roumains une institution libérale, mais bien, en ce qui regarde les procès politiques, une arme dirigée contre eux et devenue aux mains du Gouvernement plus dangereuse pour eux que ne le seraient même les juges ordinaires.
« Le jury est borné à quelques grandes villes désignées spécialement par le Gouvernement, villes dont les habitants ne sont point Roumains.
« Dans notre patrie, ce qui n'arrive nulle part en Europe, la politique intérieure n'est conduite qu'en vue des intérêts di la nationalité magyare.
« Quoiqu'il existe une loi qui, destinée à séduire l'opinion publique de l'Europe, porte le titre de « loi sur l'égalité des droits entre les diverses nationalités, » néanmoins le ministre-président n'hésite pas en plein par-