‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 63 sur 133 · V. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

V. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE

de notre progrès ! » Rien d'étonnant à ce que le comte Andrâssy ait immédiatement songé à lui pour remplir le vide laissé par la mor< du baron Eôtvôs dans les rangs du Gouvernement et dans le pays. Mais la douleur causée par la perte de ce cher parent et ami empêcha tout d'abord M. Tréforl de le remplacer dans ses fonctions. Ce fut le professeur Pauler qui se chargea de la besogne, sans toutefois laisser d'autre trace de son passage à l'instruction publique que le décret par lequel le titre de magnifions était accordé aux professeurs de l'université. Avant son avènement, le professeur était seulement spectabîlis; par cet acte, les professeurs montèrent de la cinquième à la sixième catégorie dans la hiérarchie des titres. On conviendra qu'il y avait quelque chose de plus urgent et de plus important à faire en Hongrie ; et l'on comprendra aisément l'empressement de M. Andrassy auprès de M. Tréfort pour que celui-ci se décidât enfin à accepter le portefeuille de l'instruction publique. La famille de M. Tréfort est, ainsi que l'indique le nom, d'origine française. Né en 1817 à Zemplin d'un père connu comme médecin distingué et d'une mère de pure race magyare, après avoir fait son droit à l'Université de Budapest, Auguste Tréfort entreprit à l'âge de dix-neuf ans une série de voyages en Allemagne, en France, en Angleterre, en Suède, en Russie, en Danemark et en Italie. Par ces voyages qui durèrent plus de dix-huit mois et qu'il renouvela ensuite plusieurs fois, non

seulement M. Tréfort élargit le cercle de ses connaissances et se renseigna sur l'état de la civilisation contemporaine ainsi que sur l'économie nationale des principaux États de l'Europe, mais il donna à son esprit une direction supérieure qui lui permit de regarder les choses d'en haut, tout en prenant pour base invariable les faits réels. A son retour, il entra au ministère des finances, consacrant toutefois ses heures de loisir aux occupations littéraires et à l'étude de l'économie politique. Sa culture et son intelligence des affaires publiques le distinguèrent de si bonne heure de la foule, qu'en 1848 il fut élu député par un des arrondissements de la capitale. Bientôt après il méritait d'être appelé à faire partie du premier cabinet hongrois, en qualité de sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'agriculture et du commerce, dont M. Klauzàl avait le portefeuille. Après la démission de celui-ci, M. Tréfort dirigea seul les affaires de cette administration jusqu'au mois de septembre. La révolution triomphant avec Kossuth, il se réfugia avec le baron Eôtvôs à l'étranger. Il revint avec lui en Hongrie en 1850, mais pour se retirer dans une propriété qui lui venait de sa femme et qui se trouve dans le département de Békés. Dans cette solitude, ij se livra à la culture de la terre, à l'étude et â des entreprises économiques d'utilité publique. En 1800, avec le retour d'une première forme de gouvernement constitutionnel, il fut désigné par le comitat de Békés pour remplir

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