Y. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE
les fonctions de vice-comes ou sous-préfet (alispân); une année après il étaii élu député à la Chambre où il retournait de nouveau en 1865. Depuis cette époque M. Tréforl a toujours fait partie du parlement hongrois. Le 5 septembre 1872, jour mémorable dans l'histoire de la civilisation hongroise, M. Tréfort accepta le portefeuille de ministre de l'instruction publique qu il garde, nous l'avons dit, depuis treize ans. Durant ce laps de temps il fut aussi chargé pendant deux ans de suite de l'intérim du ministère de l'agriculture et du commerce, et en sa qualité de titulaire par intérim de ce même portefeuille il négocia avec l'Autriche le traité de commerce conclu en 187G.
Fils d'un médecin, M. Tréfort est d'avis que la première condition de la prospérité d'un peuple est la santé. Il porta donc, dès le commencement de son administration, une attention spéciale sur tout ce qui a trait à la gymnastique des écoles, à l'hygiène publique, aux hôpitaux, aux cliniques universitaires. Dans une profession de foi adressée récemment à ses électeurs, il indiquait le triple but de ses efforts pour le bonheur de la nation par ces trois mots: Santé, fortune, civilisation ! Il doit lui-même ses succès à sa tempérance, à son ingéniosité, â ses talents, aux grandes ressources de son intelligence, à sa culture, à ses manières affables et captivantes, à son humeur sereine, à son esprit sémillant, à son noble caractère, à son activité, à son énergie inces-
gante qu'une suite de malheurs privés n'est point parvenue à arrêter. M. Tréfort perdit de bonne heure sa femme; son fils unique, appelé à servir comme officier de la réserve dans la campagne de Bosnie, mourut jeune et plein d'espérances pendant la guerre par suite des fatigues et des maladies. Un de ses gendres, le comte Batthyàny mourut subitement, peu de temps aines son mariage; récemment encore il a perdu une fille. Il n'a rien oublié de ce qui lui était cher, et chaque coup l'a atteint au cœur. En causant avec lui, on voit de temps en temps passer dans son regard comme une ombre, et sa voix parait soudain s'affaiblir dans un triste souvenir. On sent que le bonheur qu'il méritait lui a été enlevé, et on voudrait essayer de le consoler. Mais les hommes de cette trempe trouvent dans la hauteur de leur vocation et dans leur activité fiévreuse pour le bien, un appui, un soutien, et presque une compensation providentielle à leur chagrin. On dirait qu'ils cherchent à se venger du sort, à le braver courageusement, en se dédommageant du bonheur individuel qu'ils ont perdu par le bonheur qu'ils procurent aux. masses. Dans ces luttes gigantesques, souvent solitaires et parfois incomprises, chaque homme de génie devient un titan et participe de la nature de Prométhée. Si les hommes de cette trempe n'étouffaient pas leurs cris de douleur, s'ils pouvaient verser des larmes, ces cris perceraient le ciel et leurs larmes ne se tariraient jamais. Mais ils préfèrent dédaigner