‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 65 sur 133 · V. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

V. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE

l'injustice du sort en augmentant le nombre des heureux sur la terre.

Nous ne pouvons indiquer, ni en quelques lignes ni en quelques pages, les résultats de l'œuvre immense accomplie par M. Tréfort en Hongrie. Un jour peut-être, dans un autre ouvrage, nous examinerons séparément les phases différentes de la culture magyare, et nous pourrons alors constater à plusieurs reprises l'impulsion bienfaisante de ce beau génie qui se multiplie â l'infini. Ici nous ne pouvons qu'indiquer d'une manière très sommaire les lignes générales de cette œuvre colossale.

Des personnes habituées à juger les hommes d'après les surface?, ne trouvant dans M. Tréfort aucune espèce de pose,, aucun de ces artifices et de ces dehors qui imposent souvent l'admiration au vulgaire, s'imaginent volontiers que l'homme est de leur taille et s'étonnent que des étrangers aient pu le considérer comme le plus grand des Hongrois contemporains. Puisqu'il ne fait pas beaucoup de bruit, puisqu'il travaille tranquillement dans son cabinet, puisqu'il s'interdit les mots sonnants et ne cherche que le mot juste, toute cette simplicité, qui est un des caractères du bon goût et de la véritable grandeur, échappe â la foule. La grandeur de l'homme est dans l'idée grandiose et patriotique qu'il poursuit, dans son énergie à entraîner la Hongrie vers l'avenir glorieux qu'il a entrevu. Son travail est incessant autant que profitable; et l'on voit la marque d'un gé-

nie supérieur jusque dans le choix des collaborateurs qu'il se donne. Dans aucun autre pays on ne saurait trouver autour du ministre de l'instruction publique une élite d'hommes aussi distingués, aussi intelligents et aussi actifs que le groupe de choix qui entoure M. Tréfort et qui, cherchant sans cesse à deviner les pensées dirigeantes de l'illustre homme d'État, en seconde tous les efforts. Nous avons eu l'honneur d'approcher quelques-uns de ces hauts et éminenis fonctionnaires, de ces missionnaires conscients, de ces pionniers habiles du ministre Tréfort. Chacun est dans sa spécialité une illustration. Aucun d'eux ne ressemble à cet employé machine qui devient chef de bureau par la simple raison qu'il a occupé comme écrivassier le même fauteuil pendant quelques dixaines d'années. M. Tréfort a fort bien compris qu'aucun ministre de l'instruction publique n'a le droit de mettre â la tète des universités, des écoles polytechniques, des lycées, des écoles primaires et des écoles des beaux-arts des employés ignorants, incapables de saisir l'âme secrète du mouvement intellectuel que le ministre veut développer dans chaque branche de l'enseignement. Il a donc appelé à lui des hommes capables de le comprendre et de le suivre, de lui donner à l'occasion des conseils pratiques, de faire exécuter ses ordres avec intelligence et promptitude. Autour de l'astre gravite donc une pléiade de satellites lumineux. Le feu sacré que le ministre a communiqué â ses collaborateurs immédiats,

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