Y. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE
ratoires. Aussi, depuis quelque temps, ne construit-on
plus que des édifices pour des institutions spéciales.
avons admiré à Kolozsvâr la nouvelle école de
chimie qui ne laisse vraiment rien à désirer et peut
rivaliser avec les meilleures institutions de ce genre. Nous avons en outre remarqué qu'on bâtissait un nouveau palais pour y accueillir l'institut anatomique. De la sorte chaque clinique médicale aura bientôt son édifice à part. Ce qui suffisait autrefois pour toute une université, suffit maintenant à peine pour une seule branche de l'enseignement. Ceci prouve combien la science a marché et combien il est difficile de nos jours de devenir encyclopédiste. Mais s'il est presque impossible qu'un seul homme puisse encore suivre tout le mouvement scientifique, il y a dédommagement et compensation, puisque maintenant il est permis même à des intelligences moyennes d'aller au fond des différentes spécialités de la science. M. Tréfort a parfaitement compris tout cela et a réuni tous ses efforts dans le double but d'élever la culture générale du peuple hongrois et de préparer â la Hongrie ses propres savants par ses propres moyens, sans avoir besoin de recourir à l'étranger et surtout à l'Allemagne. Le côté patriotique de l'œuvre de M. Tréfort n'a certainement pas échappé à l'opposition, qui a presque toujours accordé sans controverse ce que le ministre de l'instruction publique demandait. M. Tréfort ne dispose dans son budget que de sept millions de florins par
an, c'est-à-dire de la moitié de ce qu'on dépense annuellement en Italie pour l'instruction publique. Si l'on compare les résultats, on n'a qu'à féliciter M. Tréfort. En Italie il y avait une base. Les institutions anciennes, toutes insuffisantes qu'elles fussent de nos jours, offraient aux ministres de l'instruction publique du royaume d'Italie un appui solide pour les améliorer. En Hongrie il y avait tout à faire. Il ne s'agissait pas de réformer, mais de créer. C'est un avantage sous certains rapports, car on bâtit mal sur des ruines ; tandis que si l'on construit àb unis fundamentis tout l'édifice d'une seule pièce, l'œuvre est plus solide et présente un caractère plus harmonieux. Mais il faut surtout admirer M. Tréfort de ce que, avec des moyens aussi restreints, il a su atteindre des résultats aussi brillants. C'est que M. Tréfort est maître de son budget, tandis que d'autres ministres en sont les esclaves. Le ministre décide d'abord ce qu'il y a de plus important et de plus utile à faire et ne se laisse point guider par des considérations bureaucratiques. Ses employés le suivent et ne l'entraînent jamais. Il pense d'abord au pays et à la science, puis il s'inquiète des personnes. Lorsque l'intérêt personnel se trouve parfaitement d'accord avec l'intérêt scientifique, les personnes sont comblées par le ministre, mais aussitôt que le seul intérêt personnel est en jeu, M. Tréfort ne cède à aucune sollicitation. On le sait maintenant, et on a désormais cessé de le solliciter dans ce sens.