‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 69 sur 133 · V. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

V. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE

Ayant beaucoup voyagé, beaucoup observé, beaucoup lu, M. Tréfort a une grande expérience des hommes et des choses. Son intelligence est vive, son cœur est chaud, mais son maintien est calme. Son apparence extérieure dénote la fermeté de son caractère qui subit rarement les influences du dehors, à moins qu'elles ne s'exercent d'une manière sympathique, c'est-à-dire en harmonie avec les principes qu'il professe et les sentiments qui lui sont chers.

Sa vaste culture et sa courtoisie parfaite le servent aussi admirablement dans ses rapports personnels avec les artistes, les lettrés et les savants qui dépendent de son administration et avec qui il sait tenir le langage qui convient le mieux à chacun d'eux. Ceci amène entre le ministre et ses dépendants une sorte de familiarité qui met ces derniers entièrement à leur aise et leur permet d'entretenir intimement, au profit de la science, le ministre sur les sujets de leur ressort.

M. Tréfort est lui-même un écrivain des plus distingués. Il débuta dans une revue littéraire, la Budapest Szemle (la Revue de Budapest) qui, fondée par lui et par le baron Eôtvos, existe et prospère encore. Plus tard il travailla avec l'historien Szàlaï, avec le publiciste Cséngery et avec son beau-frère dans le journal politique libéral fondé par Kossuth, le Pesti Hirlap. On les appelait, par dérision, les doctrinaires. Ce sont pourtant ces doctrinaires qui ont créé la nouvelle Hongrie. Avec ces mêmes illustres compa-

gnons il fonda le journal de jurisprudence Thèmis. Ses essais sur les banques et sur la réforme de la Chambre des magnats, ses articles politiques et économiques dans le Pestî Naplô furent aussi très remarqués. Il fut élu en 1811, c'est-à-dire à l'âge de vingtquatre ans, membre correspondant de l'Académie des sciences, puis membre effectif et plus tard membre honoraire. Maintenant on le porte â la présidence de l'illustre assemblée. C'est à l'Académie des sciences qu'il prononça sur Macaulaï, Tocqueville, Fallmerayer, Mignet et Thiers ces remarquables discours où, sous une forme simple, percent toujours des vues justes et originales. En reconnaissance de ses mérites littéraires, l'Université de Budapest l'a nommé docteur honoris causa.

Fils d'un médecin, mais n'ayant jamais professé lui-même la médecine, on pourrait dire qu'il a été en quelque sorte le médecin de son pays, par tous ses efforts pour améliorer l'état de la santé publique moyennant de sages mesures hygiéniques.

Ses mérites ont été tout aussi grands sur le terrain de l'économie nationale. Comme fondateur et président de plusieurs sociétés économiques et d'associations pour la canalisation des fleuves, U pourvut en même temps aux besoins de l'hygiène et à ceux de la sûreté publique, du commerce et de l'agriculture. Après 1805, ce fut encore lui qui poussa le plus activement l'exécution des nouvelles lignes de chemins de fer hongrois.

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