V. — UN MINISTRE DE LA RENAISSANCE
Et pour que rien ne manquât à son œuvre, voilà encore que ce même ministre vient de crêerdes clinfe; ([lies superbes, le voila qui fonde des écoles normales modèles, qui développe la richesse nationale, qui initie en Hongrie renseignement industriel. Ayant dès sa première jeunesse proposé la constitution d'une société de beaux-arts, on le voit en outre fonder la société des arts décoratifs avec un musée des arts; on le voit s'occuper à restaurer les monuments précieux, créer des ateliers modèles, développant ainsi sur le terrain des beaux-arts une activité d'organisation qui fera époque dans l'histoire de l'art hongrois.
Lorsqu'un pays peut donner des hommes de l'envergure intellectuelle et de la trempe morale de M. Tréfort, lorsque ce même pays sait les deviner, les apprécier et les garder aussi longtemps à la direction de la culture nationale, on a raison d'être confiant pour l'avenir de ce pays.
Cet homme international, ce ministre de la renaissance hongroise, ayant un nom et un esprit français, possédant une culture allemande, un goût artistique italien et un cœur de vrai Magyar devient de plus en plus l'orgueil légitime de sa nation. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que, parmi tous les Magyars, cet homme aussi simple dans ses dehors que supérieurement doué, ait éveillé pour lui et pour son œuvre une admiration émue dans le cœur d'un étranger arrivé du berceau même de la renaissance.
Le Parlement et l'éloquence.
A l'extrémité septentrionale du quai gauche du Danube on verra surgir dans peu de temps un superbe édifice, un palais monumental, l'œuvre la plus grandiose de l'architecture hongroise. Cet édifice imposant sera la nouvelle résidence du parlement national. Actuellement les deux branches du parlement, la Chambre des députés et la Chambre des magnats, se réunissent dans deux édifices séparés, qui n'avaient pas d'abord cette destination et où les représentants de la Hongrie sont loin d'être confortablement installés. L'opposition s'est déjà plus d'une fois récriée et a fait de vifs reproches au cabinet Tisza pour les lourds sacrifices imposés au pays qui n'éprouvait, disait-on, aucune nécessité de cette dépense de luxe. Nous sommes toutefois persuadé que, si l'opposition était au pouvoir, elle n'agirait pas autrement, dans cette question, que le cabinet Tisza. Cette manifes-
lation extérieure, ou mieux cette affirmation du sentiment national n'est d'ailleurs pas vide de sens et ne sera certes point sans résultat.
On se souvient, sans doute, du décret de la république de Florence pour la reconstruction de la cathédrale de Santa Maria del Fiore, ci-devant Santa Reparata. Nous croyons que ce décret a été rédigé par Dante lui-même, qui siégeait alors dans le Conseil de la ville, et nous sommes d'avis que ce document historique vaut la peine d'être cité ici:
« Puisque la sagesse suprême d'un peuple qui vante « une descendance illustre, écrivait le grand Floren- « tin, exige qu'il se conduise dans ses affaires de « manière que l'on puisse reconnaître sa sagesse et sa « magnanimité par ses œuvres extérieures, nous or- « donnons à Arnolfo, premier architecte (capo mae- « stro) de notre Commune, de nous présenter un « modèle ou dessin de la reconstruction de Santa Re- « parata avec une si grande magnificence que le génie « et la puissance des hommes ne puissent en inventer « de plus grand ni de plus beau. C'est ainsi qu'il a été « dit et délibéré dans une réunion publique et dans une « réunion privée des sages de la ville, les affaires de « la Commune devant être entreprises seulement à « condition qu'on ait le propos de les exécuter de « façon à ce qu'elles répondent à une seule âme, « qui devient très grande lorsqu'elle se compose des « âmes de plusieurs citoyens réunis dans une seule « pensée. »