VI. — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE
M. Tisza n'a certainement pas employé ce langage lorsqu'il a proposé avec ses collègues la construction du nouveau parlement hongrois ; mais une grande pensée nationale a dû certainemenl l'inspirer. Et cette pensée est digne d'être saisie et appréciée par un homme d'une intelligence aussi large et d'un cœur aussi généreux que le comte Albert Appc-nyi, le premier des deux chefs attitrés de l'opposition modérée.
Dans une des salles du Polytechnique nous avons admiré le modèle du nouvel édifice où le style gothique et le style de la renaissance se trouvent harmonieusement combinés avec les exigences d'une institution toute moderne, et l'effet de l'ensemble nous a semblé devoir être superbe. Il nous semble aussi que les députés et les membres de la Chambre des magnats, en franchissant le seuil de leur nouvelle et grandiose résidence, devront sentir la nécessité de laisser sur le seuil tout ce qu'il peut y avoir de mesquin, de bourgeois, de banal dans leurs préoccupations individuelles. Il n'y a guère de peuple plus patriotique que le peuple hongrois ; l'édifice du parlement sera l'expression la plus évidente et la plus splendide de l'unité et de l'indépendance de la patrie hongroise. Le. Gouvernement a montré un esprit supérieur en ne se laissant pas retenir par des considérations économiques, lorsqu'il a été question d'élever le nouveau temple de la nation magyare. L'opposition ferait acte de
sagesse si, au lieu d'en faire un grief â M. Tisza et â ses collègues, elle reconnaissait de bonne grâce que n'importe quel ministère libéral aurait agi de même. De même que pour les individus, rien ne peut honorer autant un parti que la faculté de rendre justice aux adversaires ; et puisque l'opposition hongroise compte dans son sein des hommes tels que les Apponyi, les Kàrolyi, les Szilâgyi, les Irânyi, les Helfy, les Orbân etc., on a le droit de s'attendre â une lutte chevaleresque.
En attendant, ce qui se passe dans la salle du parlement est déjà très satisfaisant. Nous avons en l'occasion de suivre les débats de février dernier, à propos du projet de loi présenté par M. Tisza pour la réforme de la Chambre des magnats, et nous avons assisté aux séances depuis le commencement de la discussion jusqu'à la votation de la loi. Aucun spectacle ne pouvait être plus instructif et plus intéressant pour nous.
La salle actuelle du parlement n'est pas grande; aussi les paroles des orateurs arrivaient-elles fort distinctement â la tribune centrale (la tribune des dames et des étrangers) où nous étions placé. Le président, M. Thomas Péchy, ancien ministre des travaux publics, homme grave et appartenant au parti gouvernemental, dirigeait avec beaucoup de tact les débats. A ses côtés prennent place les quatre secrétaires ; plus loin, à droite et à gauche, deux tribunes pour les journalistes dévoués au Gouver-