‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 72 sur 133 · VI. — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

VI. — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE

nement et pour ceux de l'opposition ; au-dessus du président, la galerie pour le public; au-dessous de cette galerie, la tribune occupée par le relateur de la commission parlementaire, M. Lang. ' Les ministres sont assis en cercle, sur des fauteuils, en face du président; de petites tables se trouvent devant eux.

M. Tisza, qui occupe le premier fauteuil à droite, porte constamment un habit gris qui lui donne l'air d'un intendant de campagne ; M. Tréfort occupe le dernier fauteuil à gauche ; les autres ministres se trouvent au milieu. Derrière M. Tisza, on nous indique un siège qui reste toujours vide. On nous \ assure que c'était le siège de Deàk et qu'aucun député n'a osé s'asseoir à la même place depuis sa mort. Dans le premier banc à gauche, au côté du ministre et dans le premier banc, on voit son frère Louis, le comte de Szegedin qui prend le premier la parole pour soutenir le projet du Gouvernement, après que M. Lang, relateur, a parlé pendant une heure pour démontrer que le principe de la réforme est un principe libéral et démocratique. Cinq ou six députés qui n'entendent pas bien, descendent dans l'émicycle et s'approchent de la tribune. M. Otto Hermann regarde l'orateur en face et de très près. M. Lang, croyant qu'il lui fait la grimace, devient nerveux, perd contenance et proteste contre cette

1 La tribune est toujours réservée au relateur. Aucun député ne quitte jamais sa place pour parler.

manière d'écouter. M. Hermann, qui effectivement est un peu sourd, déclare qu'il s'est approché à cause de sa surdité et à seule fin de mieux entendre « le faible débit de l'orateur. » Le mot prête à une double interprétation et soulève des clameurs ; on rit, on crie ; mais la petite bourrasque se termine comme une tempête dans un verre d'eau.

Le discours du comte Louis Tisza est grave et compassé. L'orateur a l'air gentleman, est babillé avec élégance et mesure ses gestes comme sa voix. Son frère, le ministre, joue au bourgeois; tandis que son autre frère, M. Ladislas Tisza, ancien honved, un brave des années 48 et 40, qui a reçu plusieurs blessures, avec son air débonnaire, avec ses allures et son costume démocratiques, représente à la Chambre le parti populaire. Quant à M. Louis Tisza, étant devenu comte, il doit nécessairement faire sa cour à l'aristocratie. Au point de vue de la stratégie politique, on ne saurait nier (pie la famille Tisza n'ait fort adroitement distribué ses rôles et ses forces. '

1 Nous lisons qu'une fille de M. Ladislas Tisza, jeune personne d'une grande beauté mais très pauvre, vient de se marier avec M. Etienne Tisza, iils de M. Coloman Tisza, qui est très riche et auquel passera le titre de comte après la mort de son oncle Louis. On dit quo c'est un mariage d'amour ; mais cette fois l'amour, qu'on peint aveugle, a ouvert Les veux pour combiner un mariage de la manière la plus adroite et la plus intelligente.

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