VI. — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE
Le discours (lr M. Szilàgyi l'ut plusieurs fois interrompu par des rires ■ '! par des applaudissements et se termina par des eljcn bruyants.
.M. Tisza a écouté attentivement tout le discours, en prenant, de temps on temps, des notes. Il pourrait sans doute renvoyer sa réponse au lendemain, mais il paraît pressé d'ajouter un petit mot avant de partir. Il se lève donc, tenant, comme d'habitude, son crayon à la main: il va parler. A gauche on lui crie: « A demain! » La droite riposte: Bàljuh! haljub ! (Écoutez ! écoutez !) Puisqu'il est debout, M. Tisza parlera, et il parle en effet. Au commencement on ne l'écoute guère : il continue ; dès que le silence s'établit, il lance à son tour son trait perçant : « Je me réserve de répondre, dit-il, aux arguments de l'honorable député, lorsque j'aurai écouté tous les différents avis de MM. les opposants. Il ne serait pas correct et il n'est point nécessaire de prendre chaque fois la parole. Je remarque seulement que ce que je vais dire est objectif; je regrette que M. le député Désiré Szilàgyi, en sortant de son objectivité ait attaqué nos intentions. Je désire seulement constater que par le beau discours de M. le député il est évident que pour lui tout a une valeur de détail. Il lui est indifférent de savoir celui qu'on choisit, comment on le choisit, par qui il est choisi. Tout cela est un détail. Ce qui est vraiment nécessaire c'est d'avoir une base où s'appuyer pour attaquer le projet du Gouvernement. Voilà le véritable résumé de son discours. »
Sur ce la droite applaudit, comme de raison, et
la séance est levée.
Mais le véritable lion du parlement hongrois est le 1) , °
comte Albert Apponyi.' Son aspect même s y prête.
Par sa grande taille il dépasse tous ses collègues et sa tête se remarque entre toutes par un frappant caractère de beauté sauvage, rappelant celle de quelque chef barbare. Si quelqu'un peut avoir le droit de s'appeler petit-fils d'Attila, c'est lui. Son œil intelligent et mobile regarde au loin ; sous son vaste front d'une grande pureté de dessin s'agite une foule d'idées élevées. Ses narines largement ouvertes et frémissantes contribuent à l'intonation puissante de sa voix. Sa lèvre supérieure assez forte et ses cheveux fuyants en arriére complètent le caractère de fierté presque farouche de sa figure. Mais, dès qu'il parle, sa voix harmonieuse et sa parole qui roule comme une onde vous séduisent et vous charment .
Sur la table de travail de François Liszt nous avons remarqué deux seuls portraits, celui de son cher disciple le comte Géza Zichy et celui du comte Apponyi. Nous pensons que ce dernier, artiste aussi dans son genre, et artiste puissant, a charmé le maître de l'harmonie, surtout par la musique de son langage. Aussi, avouons-nous franchement n'avoir jamais entendu un orateur aussi accompli et aussi attrayant que le jeune leader de l'opposition modérée.