‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 82 sur 133 · VL — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

VL — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE

Le jour où il devait parler la salle ètail au grand complet; les tribunes regorgeaient de monde: il y avait dans l'air quelque chose qui annonçait l'approche d'une grande bataille. Les députés et le public étaient également impatients de voir se lever de son banc l'orateur puissant et bien-aimé. On a beau faire des insinuations à sa charge, nous apprendre que le comte Apponyi a été l'élève des Jésuites, affirmer que le jour où le Gouvernement passera dans ses mains' il inaugurera un système de réaction ; tout est oublié dés qu'il parle, et nous qui l'écoutions, sans le comprendre, nous restâmes tout le temps, comme le public, sous le charme. D'ailleurs, la vérité est que le comte Apponyi veut un progrès rationnel et non pas des bonds, non pas une croissance violente. « Une croissance trop rapide, nous disait-il lui-même, peut nuire à notre pays. Dans ce moment la Hongrie pousse peut-être trop vite; elle aurait besoin plutôt de s'élargir et de s'affermir que de monter. Il lui arrive ce qu'on remarque dans certains enfants dont la croissance est trop brusque. On voudrait presque les arrêter dans leur développement pour leur donner le temps de se fortifier. » Il était debout lorsqu'il nous parlait ainsi, et sa taille mince, son corps maigre et long que surmontait cette tête superbe toujours droite, nous faisait penser que l'image avait été inspirée à notre illustre interlocuteur par des impressions et des sensations personnelles. Nous ne pûmes cependant point nous empois v<l«,v> ^ù^vt+^t^wl -r»e LA M* fjv> c(a^\ Ha tWWv^

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cher de lui faire observer que la Hongrie, étant pressée d'arriver, devait marcher plus vite, et que dans cette course au clocher pour la civilisation, ce n'était pas un mince avantage que d'avoir les jambes plus longues que les autres.

Le comte ^Apponyi ne cache point d'avoir été élevé chez les Jésuites ; les Jésuites à leur tour se souviennent avec orgueil de lui comme du meilleur de leurs élèves. Admirateur des grands orateurs anciens qu'il étudiait, Démosthène surtout le passionnait. 11 avait même organisé une espèce d'académie d'éloquence dans le collège. Lui ayant demandé s'il avait entendu les orateurs anglais de notre époque, il nous répondit qu'il n'avait pas encore visité l'Angleterre, mais que les grands modèles de l'éloquence parlementaire anglaise du siècle passé lui étaient familiers. Le comte Apponyi ne se contente pas de cultiver et de développer ses grands talents d'orateur, il prend aussi le plus grand soin de son organe si sympathique et si puissant. Il ne boit presque pas de vin, à ce que l'on dit, pour ne pas s'enrouer. Il mène une existence des plus rangées,, et, tout grand seigneur qu'il est, d yit en garçon dans un modeste appartement du palais Teleki à Budapest. C'est là qu'il étudie, c'est là qu'il écrit et médite ses grands discours, dont le fond est certainement toujours préparé d'avance mais dont la forme est improvisée. Très assidu aux séances de la Chambre, il ne l'est pas moins aux travaux des corn-

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