VI. — LE PARLEMENT F;T L'ÉLOQUENCE
missions donl il l'ait partie, ainsi qu'aux réunions du groupe qu'il préside. Sa vie est tellement absorbée par la politique que les femmes, qui ne demanderaient sans doute pas mieux que de couronner, comme au moyen-âge, et de retenir auprès d'elles ce brillant lion magyar, doivent se demander tout bas et, peut-être en soupirant, si ce charmeur entraîné dans le tourbillon de la politique ne trouvera jamais le temps d'aimer.
Voulant que sa patrie soit robuste, noble et fière, le comte Apponyi ne vise point à supprimer l'aristocratie : il en fait partie et ii la respecte. Seulement, il la voudrait plus active dans son patriotisme, et désirerait voir s'élever jusqu'à elle cette gentry d'où l'aristocratie actuelle est généralement sortie, cette classe moyenne que certains esprits bornés ont le tort de dédaigner et dont une partie plus rancuneuse et moins bien élevée se venge en devenant bourgeoise, démocratique, presque révolutionnaire. Le comte Apponyi sait aussi comment remuer le cœur d'un Magyar, et il est beau de voir comment il s'y prend. « Demandez â un magnat, disait-il dans son grand discours, des sacrifices encore plus grands pour la patrie; il s'exécutera en silence. Mais les sacrifices que l'on exige de lui doivent avoir une grande raison. Sortir du Sénat seulement pour faire place à des fonctionnaires n'est pas absolument nécessaire; se mettre au service du Gouvernement pour obtenir le privilège d'être nommé sénateur n'est pas digne d'un magnat.
Le Gouvernement tend à s'emparer du Sénat ; la Chambre des magnats doit se défendre de cet empiétement qui compromettrait définitivement sa dignité et son indépendance. On a besoin de renforcer le Sénat par des éléments nouveaux, homogènes et sympathiques, et il n'est pas bon da le troubler et de le dompter par des compromis qui le dégraderaient ». Le comte Apponyi veut, sans doute, tout ce qui peut être à l'avantage du peuple et s'intéresse vivement à Ja question agraire, mais il ne pense pas que la suppression de l'aristocratie puisse être un bon moyen d'améliorer les conditions des classes inférieures. Il est d'avis qu'une aristocratie ayant des ambitions politiques plus grandes et qui participerait davantage à la vie publique ne pourrait être qu'utile. Aussi encourage-t-il, par l'exemple, cette aristocratie à se mettre à la tète du mouvement national, avec un idéal qui n'est peut-être pas encore entièrement et clairement défini dans l'esprit du comte Apponyi, mais qui, en tout cas, tend û élever la culture, l'amour du progrès et le sentiment de la responsabilité chez les membres de l'aristocratie.
Le jour où le comte Apponyi parla pour la première fois à la Chambre des députés sur la réforme du Sénat, fut un jour mémorable qui marque dans l'histoire do l'éloquence parlementaire. Jamais, jusqu';'i c s jour, nous n'avions assisté à pareil triomphe oratoire A peine le président eut-il annoncé que