‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 86 sur 133 · VI. — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

VI. — LE PARLEMENT ET L'ÉLOQUENCE

nette, et il vise toujours au but. Il n'y a pas de phrase qui résistée la critique, ce qui esi beaucoup. C'esl peutêtre le plus essentiel, mais ce n'esl pas tout. La prés 'in-' au Gouvernent] mi! d'hommes lois que 1g comte Apponyi, le comte Alexandre Kàrolyi, le professeur Désiré Szilâgyi, en relevant la noblesse du langage officiel et en donnant une inspiration plus haute à l'œuvre ministérielle, pousserait tout le pays vers un avenir plus lumineux..!], ne suffit pas pour un ministre-président d'avoir la parole facile, d'autant plus qu'en Hongrie tout le monde sait prononcer un speech. Il n'y a peut-être pas de pays où l'on improvise tant de discours et tant de toasts; l'éloquence y est exercée dés la première jeunesse ; 1 on ne l'apprend pas comme un art, on s'y abandonne avec confiance, on s'encourage et on se soutient mutuellement lorsqu'on parle. Nous avons vu seulement en Hongrie que celui qui parte le toast, dans certains banquets, choisit parmi les convives un témoin, un partenaire, un parrain, un champion, qui doit lui venir en aide, s'il reste à court de paroles. Ces chevaliers de l'éloquence montrent le prix qu'on attache dans ce pays au don de la parole. On attaque donc et on riposte avec la plus grande facilité ; le discours est une causerie qui devient publique et

1 Nous avons entsndu un jeune étudiant de lycée, le neveu de M. Jakobfalvy, juriste distingué, porter dans un banquet de Budapest un toast en excellent français.

garde généralement le ton et les allures de la conversation. Mais un homme de gouvernement doit avoir le verbe plus haut que les autres : pour devenir l'inspirateur public, un souffle d'inspiration doit passer d'abord dans l'esprit et dans le langage de l'orateur officiel. Il ne suffit pas de se défendre des attaques, de taquiner, d'agacer les adversaires ; il faut avoir la puissance et prendre parfois les devants. L'orateur officiel ne doit jamais ressembler au Parthe qui lance la flèche en fuyant ; il faut qu'il sache tonner et foudroyer dans son Olympe dès qu'il s'agit de questions graves. Nous n'avons jamais surpris le moindre coup de foudre dans l'éloquence de M. Tisza : nous avons seulement constaté qu'il procédait souvent par coups d'épingle. Pourquoi n'emploirait-il pas à son profit et au profit de l'État l'éloquence puissante de ses adversaires ? Si en Hongrie il faut surtout agir, il n'est point superflu de bien dire ce qui doit être fait et de savoir communiquer aux autres sa propre conviction.

L'aristocratie et la réforme du Sénat.

La Chambre des magnats, ou Chambre des seigneurs, ou Chambre haute, ou Sénat qu'on veuille l'appeler, date de l'année 1608, et, sauf quelques modifications, a continué à fonctionner jusqu'au printemps de l'année en cours dans sa forme et d'après sa constitution primitive.

Depuis 1807, jusqu'au commencement de cette année, le droit de siéger et de voter à la Chambre des seigneurs avait été accordé : aux archiducs appartenant à la famille royale, s'ils possèdent des terres et des immeubles dans le pays ; aux archevêques, évêques catholiques et évoques titulaires ; au grand prieur d'Aurana (Prior Auranœ) ; à l'abbé de Punnonhalma (Mons. SU Martini); au grand prieur de Joszô de l'ordre des Prémontrés, enfin aux archevêques et évêques grecs orientaux (non unis) et grecs unis ; aux porte-bannière de l'empire, au comte de

Pozsony, aux deux gardiens de la couronne ; aux préfets (fô-ispâri) des comitais ; aux grands procureurs royaux des districts de Fogaras et de Naszôd ; aux grands procureurs royaux des districts des Szeklers ; au comte saxon (dans le temps de la nouvelle ère constitutionnelle tous ces fonctionnaires devinrent comtes suprêmes) ; au gouverneur de Fiume ; à deux députés élus dans ce but par la Croatie, l'Esclavonie et la Dalmatie ; aux grands dignitaires séculiers et ecclésiastiques de ce pays qui siégeaient avant 1848 dans la Chambre des seigneurs du parlement hongrois ; aux descendants mâles majeurs des familles princières, des comtes, des barons et aux personnes dites « régalistes » de Transylvanie qui, depuis 1848, ont leur siège à la diète. Aux dernières sessions de la Chambre des seigneurs on a convoqué 3 archiducs, 31 grands dignitaires ecclésiastiques, 12 porte-bannière de l'empire, 57 préfets, 5 grands procureurs royaux, 1 comte saxon, 1 gouverneur de Fiume, 3 princes, 218 comtes, 80 barons et 3 régalistes de Transylvanie. La Chambre des seigneurs se composait donc de 414 membres. Le président et les vice-présidents étaient nommés par le roi. '

Au nombre des barones regni qui siégeaient au Sénat il fallait nommer: Tout d'abord le président

1 Keleti, Hongrie, exposé géographique et statistique. Pest, 1873.

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