‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 89 sur 133 · VII. — l'aristocratie, etc · texte numérisé non relu

VII. — l'aristocratie, etc

la plus grande partir du règne des Arpàd, ils essayent d'embrouiller les idées et tiennent â nous persuader que la noblesse des magnats remonte seulement à deux siècles, que c'est l'Autriche qui a donné la puissance â ces magnats, que sans l'Autriche ils n'existeraient pas, que les titres de ban), de grôf, de lierczeg donnes aux barons, aux comtes et aux. princes hongrois n'ont jamais été des titres magyars. On a ' même été jusqu'à déterrer certains fantômes historiques et â dire que le prince Grassalkovics avant d'avoir l'honneur de recevoir la reine Marie-Thérèse dans son palais de Gôdôllô n'était qu'un pauvre diable d'étudiant; que le comte Fekete était aussi de basse extraction ; que le premier des Bornemisza, devenu baron en 1780, avait été dans sa jeunesse un petit employé dans un bureau du sel; que le premier Harrucker commença sa carrière en servant comme garçon dans une boulangerie ; que ses descendants en ligne féminine ne sont rien moins que les Karolyi et les Wenckheim; que la famille AVenckheim elle-même est d'origine bourgeoise et se composait de médecins, ainsi que celle des barons Hellenbach. On signale encore l'origine bourgeoise des comtes Schmidegg, et on relève qu'un ancêtre des Thôkôli avait été marchand de chevaux. jtXt, Assurément, les litres de comte, de baron, de prince n'existaient pas en Hongrie à la fin du XYIme siècle, ni même au commencement du XYHmo. L'Autriche, comme l'Italie et la France,^ a pris de l'Espagne le

goût des titres nobiliaires. Mais, avant les titres, il existait en Hongrie et en Transylvanie une^ noblesse magyare, riche et puissante, une noblesse indépendante qui avait la tutelle du pays. Les Bàtbory, les Betlilen, les Barcsaï, les Ràkoczi, les Kemény, les Rhédey sont devenus princes régnants après avoir été de fort grands seigneurs. Lorsque l'Autriche commença à distribuer des litres, nombre de grands seigneurs hongrois et transylvains considérèrent ces honneurs comme un affront à leur noblesse, comme une atteinte â leur indépendance et les dédaignèrent. Ainsi, par exemple, les Barcsaï, qui pouvaient aisément devenir barons de l'empire, préférèrent garder leur nom historique dans toute sa pureté et ne pas l'amoindrir en y accolant un titre donné comme une aumône par un prince étranger. Lorsque les Teleki, les Bànffy, les Kâlnoky et les Bethlen, nobles et illustres familles de la Transylvanie, reçurent à la fin du XVHmo siècle le titre da grof (graf), les chroniqueurs Cserey et Apor prirent note de cet événement comme d'une défection de quatre familles se séparant de la noblesse magyare pour s'asservir à l'Autriche, et crurent voir dans ce fait un signe de la ruine imminente du pays. Mais petit à petit une partie considérable de la noblesse magyare (les Apor non exclus) tomba dans le piège que lui tendait l'Autriche. Les conséquences de cette origine autrichienne des titres portés par les grandes familles hongroises se font sentir auiourd'hui encore. L'em-

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pereur d'Autriche qui les a conférés peut supprimer les titres nobiliaires, si tel est son bon plaisir; et maintenant on ne saurait concevoir un Eszterhâzy, un Batthyàny, un Pàlify, un Bânffy, un Bethlen sans titre. A ce point de vue, un Barcsaï transylvain est beaucoup plus puissant vis-à-vis de l'Autriche que les magyars titrés. Étant plus libre, il doit se sentir plus fort. Toute proportion gardée, il eu est de même pour la gentry magyare qui, par rapport aux magnats et au point de vue de la nationalité, se trouve dans une position plus avantageuse. Ayant accepté un litre allemand de l'empereur d'Autriche, les magnats hongrois ont pris un engagement de fidélité qui peut a des moments donnés empêcher la libre expansion de leur patriotisme. Par conséquence, si l'avenir tient en réserve la séparation définitive de la Hongrie et de l'Autriche, ce ne sera jamais par le fait de l'aristocratie, c'est-à-dire de la noblesse magyare titrée qu'un pareil événement pourra s'accomplir. Ceci doit nous aider à comprendre comment les Eszterhâzy, les Szétchenyi, les Apponyi,lesKàrolyi, les Andràssy peuvent se rencontrer parmi les partisans les plus ardents de l'accord entre la Hongrie et l'Autriche. L'histoire des relations entre la Hongrie et l'Autriche ne saurait se faire sans tenir compte de ce fait essentiel, et sans réfléchir que la haute noblesse magyare doit une partie de son prestige à la cour d'Autriche.

L'extrême gauche, le parti intransigeant, au point

de vue de la complète indépendance de la Hongrie a donc agi contre ses propres intérêts en combattant avec acharnement le projet ministériel de la réforme du Sénat. Elle n'a pas compris qu'en expulsant du Sénat un grand nombre de magnats, c'està-dire de nobles magyars doublés de nobles autrichiens, M. Tisza faisait leur propre jeu et qu'il entreprenait, à leur point de vue, une réforme radicale. Nous ne supposons point que telle ait été l'intention de M. Tisza; mais le résultat sera aussi heureux que le parti de l'indépendance pouvait le souhaiter. Le nombre des partisans de la conciliation avec l'Autriche sera maintenant diminué dans le Sénat et, dans le cas d'un contraste, la situation de l'Autriche en Hongrie se trouvera considérablement affaiblie. Est-ce un bien? Est-ce un mal? Si, tôt ou tard, une séparation doit avoir lieu, c'est un bien. Si le système actuel de l'entente avec l'Autriche est le meilleur et doit durer, c'est certainement un mal. Dans ce dernier cas, M. Tisza aurait commis une erreur assez grave en éloignant de la Chambre haute un parti naturellement dévoué à la personne de l'empereur et en ne ménageant pas assez les susceptibilités de l'aristocratie hongroise. Quant a nous, nous croyons sincèrement (pie la Chambre des magnats aurait été capable de se réformer elle-même d'une manière rationnelle, ellicace et homogène. Mais puisque M. Tisza, qu'il faut en tout cas féliciter d'avoir eu l'idée de réformer le

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