VII. — l'aristocratie, etc
Sénat et la fore i d'exécuter son projet, au lieu d'engager les magnats à préparer eux-mêmes leur évolution organique, a cru mieux faire en décapitant
le Sénat et en lui imposant sou projet de loi, il ne reste plus qu'à formuler un. souhait. Pour le bien de la Hongrie, nous espérons que le ministre-président et ses successeurs trouveront toujours dans leur patriotisme l'inspiration pour de sages nominations; nous souhaitons qu'un esprit d'impartialité absolue guide à présent et dans l'avenir le Gouvernement dans le choix des magnats, sans qu'aucune mesquine considération politique vienne le troubler; nous désirons qu'il envoie à la Chambre haute les représentants de la gentry les plus dignes d'exercer une influence dans le pays comme législateurs, ainsi que toutes les capacités reconnues, tirées des différentes classes sociales et capables d'éclairer le Sénat sur des questions spéciales. C'est donc, nous le répétons, au patriote et non pas au ministre de l'intérieur que M. Tisza doit demander conseil. Car il serait vraiment déplorable que l'opposition eût raison lorsqu'elle l'accuse, peut-être avec un peu d'exagération, de viser principalement a s'assurer dans le Sénat une majorité fidèle. En effet, il ne valait pas la peine de faire tant de bruit, si l'on devait aboutir à un résultat aussi mesquin.
En attendant, l'aristocratie hongroise doit regretter â son tour que le peu d'intérêt témoigné par elle aux affaires publiques dans ces derniers temps
lui ait fait perdre une grande bataille, eu la privant de l'un de ses plus nobles privilèges, de celui qui permet de donner des lois à son pays. Il n'y aura plus maintenant une Chambre de grands seigneurs comme en Angleterre, mais, à peu de différence près, un Sénat comme en Italie. Les magnats ont leur part de responsabilité dans cette grave défaite. La désertion des membres les plus actifs, les plus intelligents de la Chambre haute à la Chambre des dé-, pûtes, où se livrent les plus grandes batailles politiques; l'indifférence des autres à la vie publique; l'insouciance de leurs propres droits: leurs absences habituelles de l'assemblée ont été la cause principale de cette surprise désagréable. Mais, aussi, pourquoi s'endormir juste au moment où tout le pays était en éveil et même en émoi? Pourquoi attendre le jour de la ruine et de l'impuissance pour entrer à leur tour dans la vie publique? Ruinés, les magnats ne seront plus libres. Ils ne pourront plus imposer leurs conditions et devront accepter celles du Gouvernement. Pourquoi s'abstenir lorsque leur intervention pouvait être utile au pays? Puisqu'ils ne veulent pas se créer eux-mêmes un idéal de société civilisée et libérale, puisqu'ils refusent de se préparer à leur transformation en classe dirigeante, il n'y a vraiment pas de quoi s'étonner si les autres classes prennent les devants. Ils avaient tous les avantages; ils n'ont pas su en profiter. Leurs adversaires se sont enfin aperçus de leur faiblesse et les ont surpris.