II. — LA HONGRIE ET L'ITALIE
déterminéj mais bien pour tout le temps que durera
l'expédition générale; et ne sortez pas de là.... Ayez soin de remercier le doge de ses promesses et diteslui que je préfère qu'un agent vénitien distribue luimême la solde à mes troupes. Demandez-lui de m'envoyer encore son secrétaire Tomasi, auquel je suis habitué et qui connaît les hommes et les choses de notre pays. Dites-lui que je vous ai ordonné de parler et d'agir partout suivant ses conseils. Ne partez pas sans une réponse concluante et sans un acte en bonne forme. Quand vous verrez le pape, vous lui demanderez des subsides, mais vous ne lui direz pas ce que vous avez décidé avec les Vénitiens. Vous parlerez ou vous ne parlerez pas aux seigneurs de Ferrare et de Florence, selon les conseils du doge. »
Le jour même de su mort, le 1 avril 1100, le roi Mathias avait armé chevalier l'ambassadeur de Venise. A sept ans de date, comme échange de gracieuseté, la république de Venise inscrivait dans le livre d'or de sa noblesse Jean Corvin, fils naturel du roi Mathias et qui avait fixé sa demeure dans la ville des doges.
Mathias Corvin ne fut d'ailleurs pas le seul de son temps en Hongrie à entrer dans le courant lumineux de la renaissance italienne. Le célèbre précepteur de Mathias, Jean Vitez, plus connu comme poète sous le nom de Janus Pannonius, était le disciple du florentin Ficino et de Guarino de Vérone. Csoda, plus connu sous le nom de Nicolas de Mira-
bilibus ' avait eu des entretiens de philosophie avec Laurent de Mêdicis. Grégoire Bànffy, le neveu du palatin, était prieur dans un couvent de Rome. Le premier imprimeur de Bude, André Hess, qui fit paraître la Chronique de Bade en 1473, avait appris l'art typographique en Italie. A son tour, Hess enseigna cet art à des typographes magyars qui s'en furent ensuite travailler en France et en Italie.
Le courant civilisateur entre l'Italie et la Hongrie était établi. On n'avait qu'à le suivre.
Malheureusement, avec la mort de Mathias Corvin les troubles du royaume se renouvelèrent. La succession fut longuement disputée; des aventuriers, des insurgés, des brigands, la misère, la peste, les Turcs ravagèrent, dépeuplèrent, appauvrirent le pays. L'Autriche guettait depuis longtemps sa voisine et la Hongrie devint bientôt sa proie. Celle-ci vit encore quelques beaux jours sous le régne des princes transylvaniens, spécialement sous Etienne Bàthory et Gabriel Bethlen. Mais ce fut comme un éclair de prospérité et de gloire. Cet éclair suffît cependant pour ranimer les sympathies entre l'Italie et la Hongrie et pour renouer des relations qui menaçaient de s'éteindre. A la cour de Sigismond Bàthory, on parlait de préférence l'italien. Le prince Sigismond, comme l'ancien roi et empereur de ce nom, proté-
Le mot hongrois csoda, tiré sans doute du slave, signifie « merveille. »