VII. — L ARISTOCRATIE, ETC
Leur r<'\ eil a été douloureux. Doivent-ils maintenant s'affaisser dans leur désespoir ei crier le finis JBunr gariœ parce qu'ils rienneni d'être battus? Non! Pour l'honneur de la caste, ei pour l'amour du pays, qu'ils se redressent; qu'ils se préparent à la lutte et à regagner la position social'1 qu'ils ont perdue! Qu'ils envoient aux écoles publiques leurs enfants, pour que ceux-ci apprennent à se frotter avec la vie réelle, pour qu'ils se persuadent que le monde n'a pas été créé à leur bénéfice exclusif et qu'il y a d'autres créatures humaines ayant des droits à faire valoir!
Nous avons été désagréablement impressionné lorsque, ayant demandé si les écoles publiques des garçons et des jeunes filles étaient fréquentées par l'aristocratie, la réponse fui partout négative. « Ils étudient chez eux avec leur précepteur ou avec leur gouvernante » nous disait-on. Et nous pensions que c'était là une grande faute et un grand dommage.
Lorsque les enfants des magnats auront appris à travailler rudement, lorsqu'ils sauront, par leur propre expérience, par leurs propres efforts, combien le travail est dur et combien il est noble, l'aristocratie regardera avec moins de dédain les travailleurs. Il faut que la noblesse magyare se persuade que si, à conditions égales, l'homme bien né a toujours de grands avantages, il est néanmoins nécessaire que ces conditions soient pour le moins égales afin que le prestige de la noblesse soit réel et durable. Mais, pour remonter, il faut quelquefois savoir descen-
dre. Le jour où l'aristocratie admettra dans ses salons, maintenant d'un accès si ditticile, des hommes d'élite, savants, littérateurs, artistes, tout bourgeois qu'ils puissent être, le jour où elle traitera ces hommes éminents sur un pied de parfaite et respectueuse égalité, et non pas seulement pour que le lendemain on lise dans les journaux que telle ou telle autre illustration se trouvait dans le salon du comte A*** ou du baron B***, ce jour-là, disons-nous, l'aristocratie hongroise aura fait un grand pas en avant, et la bourgeoisie aussi.
Pour le moment, les deux, classes sont encore absolument séparées en Hongrie. Le bourgeois a rarement les manières d'un gentilhomme, ce qui nécessairement contribue à lui fermer l'accès des salons aristocratiques. Mais à qui la faute si le bourgeois hongrois n'a pas encore appris ce qu'on appelle l'usage du monde? S'il fréquentait les salons aristocratiques, il ne manquerait point d'acquérir peu à peu cette distinction qui lui fait encore défaut. En attendant, on s'ennuie ferme dans les salons hongrois.
Les femmes sont presque toujours seules, car les maris, les frères et les fils sont au club. Dès qu'on cesse de danser, et en Hongrie la danse est une véritable passion nationale, les hommes flânent et les femmes bâillent. Nous n'avons pu trouver dans la vaste capitale de la Hongrie, pas plus que dans la mignonne capitale de la Transylvanie, un seul véritable salon constamment ouvert, un salon dans le