VII. — l'aristocratie, etc
meilleur sens du mot et où puisse se rencontrer l'élite de la société.
Nous avons trouvé, çà et là, de charmants petits cercles, mais partout c'était à peu prés la même aimable société qui se donnait rendez-vous, et presque partout c'étaient le cardinal Haynald, l'abbé Liszt, François Pulszky avec sa fille Polyxène, et la spirituelle M,le Eotvos qui faisaient les frais de la conversation. Chez la comtesse Rhédey nous étions en plein faubourg Saint-Germain, et ses habitués de chaque soir étaient tous des gens titrés. L'illustre baron Vaï était du nombre; le comte Bethlen nous racontait ses intéressants voyages en Birmanie; la comtesse de Brunswick, dont la conversation exquise avait pour nous un charme infini, nous parlait avec enthousiasme des grandes vertus du paysan hongrois et de la vie poétique des campagnes de l'Alfôld; la baronne Horwàth, née Rhédey, femme très cultivée, nous renseignait sur les mérites de la noblesse transylvaine et sur les Saxons de la Transylvanie; la comtesse Teleki née Teleki nous mettait au courant des bals et divertissements de la saison ; l'aimable maîtresse de la maison, la comtesse Rhédey née baronne Wesselényi évoquait, avec une fraîcheur de mémoire étonnante à son grand âge, les souvenirs de sa première jeunesse et de son séjour en Italie, et nous faisait frémir avec le récit des massacres transylvains de l'année 1818.
Ces cercles, qui existent déjà, une nuée de jolies femmes, la présence du parlement, du sénat, des minis-
têres, de l'académie des sciences, de l'université, du potytechnique, d'une académie de musique, de nombreux ateliers, de plusieurs théâtres, des consulats étrangers, nous ont persuadé que les éléments pour créer et alimenter à Budapest un véritable salon ne manqueraient certes point et qu'il suffirait que quelque aimable et spirituelle femme du monde voulût bien avoir cette ambition et se donner la peine de les réunir, en faisant un choix intelligent de ses hôtes dans toutes les classes de la société. Pourquoi n'y songerait-on pas? Pourquoi la femme magyare n'essayerait-elle pas cette fusion intelligente des classes sociales qui est un des grands besoins de la société moderne?
Nous prévoyons l'objection que l'on sera prêt de nous faire. « Vous avez pourtant été à Budapest, nous dira-t-on. Vous avez vu que le soir on y soupe. Les invités à une soirée sont naturellement invités à un souper. Dans un salon où toute la ville serait invitée, il faudrait faire souper tout le monde. Grand nombre de familles est déjà en train des se ruiner par le luxe de nos soupers. Peut-on raisonnablement demander à quelqu'un de tenir son salon ouvert à tout le monde? » L'objection est sérieuse; mais il y a peut-être moyen de tourner la difficulté et d'éviter le souper monstre, en ouvrant le salon le dimanche pendant le jour. C'est simple comme l'œuf de Colomb; mais si la démonstration, toute naïve qu'elle puisse paraître, sera trouvée probante,