‹ La Hongrie politique et socialeChapitre 94 sur 133 · VII. — l'aristocratie, etc · texte numérisé non relu

VII. — l'aristocratie, etc

du peuple, il peu! encore le guider, le soulager et le rendre plus heureux. Le rôle du comte Szêtchenyi convient à nombre d'autres magnats. On en a fait, sortir nu trop grand nombre du Sénat; qu'ils se préparent à y rentrer par leurs mérites.

.Mais pour reprendre leur autorité, ils doivent sortir d'abord de leur isolement. Il ne s'agit point pour eux de devenir autres, mais de comprendre mieux leur temps et de trouver bon que d'autres convives aie ii déjà pris et prennent encore une place au banqu t de la vie. Regarder ce qui se passe au dehors en grommelant n'est pas un moyen de se défendre. Il faut se jeter dans la mêlée, pour ne pas courir le risque de rester un jour ou l'autre entièrement en dehors de la direction des affaires de la société. En attendant, un moyen des plus simples et des plus pratiques nous paraît être à portée de tout le monde. Nous avons appris qu'un illustre et vénérable aristocrate transylvain, le comte Gothard Kuun a consacré une somme d'environ 100,000 florins pour améliorer les conditions de l'ancien collège reformé de Szàszvâros; ce collège prospère maintenant et rend de très grands services à la culture magyare en Transylvanie. Cet exemple n'est peut-être pas isolé et l'on pourrait y voir une preuve •de l'intérêt réel qu'une partie de l'aristocratie hongroise, la meilleure, prend pour l'avenir des écoles. Mais les aristocrates feront encore mieux le jour où ils commenceront à envoyer toute leur jeunesse

aux écoles publiques. Autrefois, ces écoles n'étaient pas nombreuses. Les nobles seuls pouvaient sans difficulté obtenir les moyens de s'instruire, ce qui leur donnait naturellement des droits aux charges publiques. Maintenant l'instruction que lés nobles continuent à recevoir au sein de leurs familles est inférieure à celle qu'on donne aux bourgeois dans les écoles. De sorte que, si pour le choix des fonctionnaires on voulait encore préférer les nobles, à conditions égales, cette égalité de conditions se vérifierait rarement. Voilà la cause principale de la décadence de l'aristocratie, non pas seulement en Hongrie, mais dans tous les pays de l'Europe. Autrefois les nobles marchaient seuls à la tête de la civilisation et la dirigeaient par leur culture; aujourd'hui il est rare qu'un membre de l'aristocratie se trouve aux premiers rangs par l'instruction. Mais il y a plus et pire, car dans certains salons aristocratiques où les anciens préjugés durent encore, on continue à traiter d'excentrique ou de fourvoyé tout individu appartenant aux classes élevées qui se voue à la science, aux lettres ou à l'art. Dans certain monde, il est de bon goût de suivre la carrière diplomatique, de parler plusieurs langues étrangères et de voyager, soi-disant pour s'instruire. Mais les occupations et la culture doivent se borner à ces sinécures élégantes. Autrefois la noblesse trouvait une sphère d'action dans l'armée et dans la carrière ecclésiastique ; mais, dés qu'on a vu des hommes du peuple monter par leurs mérites aux

Page 1