‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 10 sur 57 · VII · texte numérisé non relu

VII

Montesquieu a dit :

« Les familles aristocratiques doivent être peuple autant qu'il est possible. Plus une aristocratie approchera de la démocratie, plus elle sera parfaite; et elle le deviendra moins à mesiure qu'elle approchera de la monarchie (1). »

Jamais noblesse ne fut plus peuple que la noblesse hongroise. Donc jamais aristocratie ne fut moins imparfaite. Composée à l'origine de toute une nation qui se conquiert une patrie à la pointe du sabre, elle ne s'isole point dans l'égolsme de sa nationalité. Nous l'avons vue d'elle-même ouvrir ses rangs aux vaincus, aux étrangers, traiter en fipère quiconque s'est montré son égal en bravoure et Ta aidée à défendre ses foyers. Au moyen âge , devant le Mongol, en face du Turc, non-seulement elle atteste combien elle est forte et héroïque, elle prouve aussi qu'elle est

(I) Esprit des Lois, L. H, chap. ni.

la vraie représentatioa vivante de toutes les populations de TEurope orientale, intéressées dans une même cause, chargées ensemble de sauvegarder la civilisation.

Et plus tard, à partir du seizième siècle, n'est-elle point éminemment peuple quand, tolérante et juste, elle proclame la liberté de conscience en Transylvanie et en Hongrie ; quand, patriotique et libérale, elle lutte contre le despotisme des Habsbourgs, assure au prix de son sang le triomphe des lois nationales, et pressent, la première, que toutes les libertés sont solidaires les unes des autres? Elle devient tout à fait peuple du moment où elle commence à émanciper, à élever peu à peu ses seniteurs jusqu^à elle ; du jour où elle renonce enfin à leurs redevances et à leurs corvées, s'abolissant et se ruinant presque pour leur donner les droits poUtiques et les propriétés qui jadis étaient siennes.

Elle sut bien vivre. Elle sut non moins bien mourir. Gloire et honneur à la vaillante et loyale gentilhommerie des Magyars (1) !

I. La personne du noble est inviolable. Le roi lui-même ne peut emprisonner ni faire exécuter un gentilhomme si celui-ci n'a préalablement été cité, convaincu et condamné par- devant les tribunaux ordinaires et dans les formes prescrites (2).

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