‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 14 sur 57 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Au-dessus de ces quatre Ordres, au-dessus de ces cités libres et de ces comitats qui s'administrent eux-mêmes, au-dessus de ces diètes législatives et souvent constituantes, s'élève le Roi. Personnification du peuple, il le représente à l'extérieur, et à l'intérieur le gouverne conformément aux constitutions préétablies. 11 est le protecteur naturel de la religion, le donateur du clergé. Source de la noblesse, il est son général suprême et son juge. Il possède un immense domaine et une cour magnifique, afin qu'il puisse prouver à tous combien est liclie et puissante la nation dont il est le chef; afin aussi qu'il soit en état de coopérer à la défense de la patrie et à sa gloire, de protéger les divei-ses classes de citoyens dont se compose son royaume, d'imposer aux grands aussi bien qu'aux petits le respect et l'obéissance à la Loi.

La Loi, telle est en effet la seule j)uis?ance cpii se dresse en Hongiie au-dessus même du roi. Il participe à sa création : donc il doit se courber devant elle, lui qui, en son

(\) Notez bien que, jusqun dans ces derniers temps, les députés n'étaient admis à la diète qu'en costume national et armés d un sabre. Celui qui n'avait pas son sabre au côté u'uvait pas le droit de prendre part à la discussion.

nom , force les autres à se courber sous sa propre majesté (1).

Mais le souverain est-il doué d'assez de clairvoyance et de justice pour comprendre et appliquer strictement la loi ? Est-il assez dieu, si l'on peut dire, pour parachever à lui seul le multiple labeur de sa charge, travail écrasant auquel un homme, eût-il du génie, ne pourrait pas suffire?

Etienne, quoique apôtre et saint,^'a pas l'orgueil insensé de poser le pouvoir royal isolé au faîte de sa constitution. Il l'entoure d'une sorte de conseil des ministres entre lesquels se partageront les divers départements de l'administration générale, et qu'il nomme le sénat ou conseil du roi (2). Ce sénat, dès l'origine, était composé, non point de membres choisis tout à fait au gré du souverain, mais de ceux qui exerçaient dans l'Etat les plus hautes magistratures : l'archevêque-primat d'Esztergom: le Palatin et le Juge de la cour en étaient les principales personnaUtés. Il dépendait donc quelque peu de la nation et souvent pouvait gêner les velléités despotiques de celui qui régnait. Aussi arriva-t-il que plusieurs princes, préférant gouvenier ptu* eux-mêmes ou se choisir un petit nombre de conseillers intimes entièrement à leur discrétion, supprimèrent le sénat sléphanique et s'efforcèrent de le faire oublier.

En 1518, la diète de Bats en exige le rétabUssement et en décrète l'organisation définitive f3] . Il se compose alors de vingt-quatre membres, dont quatre prélats, les archevêques d'Estztergom et de Kalocsa, les évêques de Cinq- Eglises et de Transylvanie ; quatre barons, le Palatin, le

(I) Palere legem quam tuleris ipse, dit le législateur: Opustripartit, P. Il, lit. T.

(i) S. Stephani Décret, L. I, cap. vu; 1. Il» cap. xix, xxxv. (3) Décret um Bats.; lîilS, art. x&xix.

liO U CONSTITUTION

Juge de la cour, le vajvude de Transylvanie, le ban de Temesvâr ; enfin seize citoyens de la simple noblesse. Il doit siéger perpétuellement, et à cet effet la moitié de ses membres est tenue de se trouver sans cesse à Bude, à la portée du roi. U a pour attributions spéciales d'examiner tout ce qui se traite dans la cliancellerie et le trésor ; de surveiller la rentrée de Firnpôt et son bon emploi, tant pour les besoins de l'Etat que pour ceux de la cour ; de faire en sorte que lei places fortes soient toujours tenues en état de défense, et que la paye de leurs garnisons soit régulièrement faite. En outre, il guide le souverain dans le choix des magistrats ecclésiastiques et civils, et demande, exige au besoin la destitution de ceux qui remplissent mal leurs charges. En mi mot, il est le coadjuteur obligé du roi, qui ne peut agir sans l'avoir consulté (1).

Par la suite , ce sénat, qui ne pouvait être composé que de Hongrois, et qui conséquemment troublait les projets antinationaux des souverains allemands , fut plus d'une fois supprimé, mais jamais du consentement des diètes, qui en réclamèrent toujours la restauration, et finirent par l'obtenir.

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