HONGRIE INDÉPENDANTE
mes, la France de 1789^ laissa faire et ne protesta même pas ! Abandon injuste, impolitique, fatal, mais dont nous ne pouvons guère accuser notre seconde république, puisqu'elle ne connaissait point la Hongrie !
Avouons-le, nous autres Français, nous sonunes par trop personnels. Nous devrions bien songer quelquefois que l'humanité est un ensemble de peuples et que nous ne sommes que l'un de ces individus. Souvent, plus souvent que les autres sans doute, nous avons prêché la vérité, nous avons combattu pom* elle, nous avons guidé nos frères dans la voie de l'avenir. Mais ne nous est-il pas arrivé, à nous aussi, de nous arrêter en chemin, et d'être faibles?
Dans l'humanité, comme dans la nature, tout se tient. Les peuples sont soUdaires. Vaincue ici, la liberté sera là moins invincible. Apprenons donc à nous connaître nousmêmes; c'est notre devoir. Mais, pour cela, ne négUgeons point d'étudier les autres, car c'est notre devoir encore.
Or voici comment, à l'égard de la Hongrie, notre déplorable ignorance s'est produite et perpétuée.
Depuis cent cinquante ans, presque toujours abandonnés par les princes occidentaux, les Magyars s'épuisaient à défendre l'insouciante chrétienté, à sauvegarder la civilisation, en empêchant le Turc de se précipiter jusqu'au centre de l'Allemagne, d'écraser l'Évangile sous le Koran, d'enfermer l'épouse une, libre et honorée, dans le harem, où gît, multiple, la concubine esclave et méprisée. L'œuvre grande, l'œuvre humaine fut si féalement accomphe que la Hongrie, perdant goutte à goutte et sur mille champs de bataille son sang généreux, à la fin succomba dans les plaines de Mohâcs; et, trop faible pour exister désormais de sa vie propre, se choisit des protecteurs
royaux parmi les descendants de Tempereur Rodolphe !•'.
Néanmoins elle conserva son nom, garda son autonomie. Mais, dès lors, privée de «on rayonnement, isolée et brisée par une politique infernale, elle cessa d'exercer une action sur la marche des événements européens. Aussi ingrats que de simples hommes, les peuples s'empressèrent d'oubher le frère au cœur vaillant, qui s'était tué naguère pour les laisser tranquillement naître et progresser.
Et pourtant le chquetis des sabres entrechoqués annonçait de temps en temps que l'on ne dormait point sur la rive danubienne. Des lueurs, semblables à des éclairs, perçaient les ombres amoncelées autour de la nation martyre. On admirait de magnifiques exploits et l'on voyait se dresser, hautes et fières, d'héroïques personnalités qui criaient d'une voix vibrante d'enthousiasme .
Nous sommes la Hongrie ! La Hongrie n'est pas morte !
Mais un jour enfin, tout se tut. Encore une fois, folle de sacrifice, la Hongrie s'était laissé jouer par Marie-Thérèse, par les supphcations d'une femme, par les larmes d'une mère ! D'un élan chevaleresque elle avait sauvé la fille de Charles VI, et avec elle l'Autriche, toute la Ugnée de ses dominateurs allemands ! . . .
Advint^la révolution française. Le bruit que firent en croulant la Bastille et la féodaUté fut répercuté par les échos des Karpathes. A partir de 1 790, il se produisit dans le pays danubien de tels mouvements d'idées, qu'il était impossible que d'un moment à l'autre les Hongrois ne se relevassent point en acclamant la liberté, lî importait grandement à leurs souverains que ce cri ne fût pohit entendu sur ks terres déjà émancipées. Ils firent comme toujours ils firent : ils mentirent par leurs ambassadeurs
mes, la France de 1789, laissa faire et ne protesta même pas ! Abandon injuste, impolitique, fatal, mais dont nous ne pouvons guère accuser notre seconde république, puisqu'elle ne connaissait point la Hongrie !
Avouons-le, nous autres Français, nous sommes par trop personnels. Nous devrions bien songer quelquefois que rhumanité est lui ensemble de peuples et que nous ne sommes que l'un de ces individus. Souvent, plus souvent que les autres sans doute, nous avons prêché la vérité, nous avons combattu pour elle, nous avons guidé nos frères dans la voie de l'avenir. Mais ne nous est-il pas arrivé, à nous aussi, de nous arrêter en chemin, et d'être faibles?
Dans l'humanité, comme dans la nature, tout se tient. Les peuples sont solidaires. Vaincue ici, la liberté sera là moins invincible. Apprenons donc à nous connaître nousmêmes; c'est notre devoir. Mais, pom cela, ne négUgeons point d'étudier les autres, car c'est notre devoir encore.
Or voici comment, à l'égard de la Hongrie, notre déplorable ignorance s'est produite et perpétuée.
Depuis cent cinquante ans, presque toujours abandonnés par les princes occidentaux, les Magyars s'épuisaient à défendre l'insouciante chrétienté, à sauvegarder la civilisation, en empêchant le Turc de se précipiter jusqu'au centre de l'Allemagne, d'écraser l'Évangile sous le Koran, d'enfermer l'épouse une, libre et honorée, dans le harem, où glt, multiple, la concubine esclave et méprisée. L'œuvi'e grande, l'œuvre humaine fut si féalement accompUe que la Hongrie, perdant goutte à goutte et sur mille champs de bataille son sang généreux, à la fin succomba dans les plaines de Mohâcs; et, trop faible pour exister désormais de sa vie propre, se choisit des protecteurs
royaux parmi les descendants de Tempereur Rodolphe !•'.
Néanmoins elle conserva son nom, garda son autonomie. Mais, dès lors, privée de son rayonnement, isolée et brisée par une politique infernale, elle cessa d'exercer une action sur la marche des événements européens. Aussi ingrats que de simples hommes, les peuples s'empressèrent d'oublier le frère au cœur vaillant, qui s'était tué naguère pour les laisser tranquillement naître et progresser.
Et pourtant le cUquetis des sabres entrechoqués annonçait de temps en temps que l'on ne dormait point sur la rive danubienne. Des lueurs, semblables à des éclairs, perçaient les ombres amoncelées autour de la nation martyre. On admirait de magnifiques exploits et l'on voyait se dresser, hautes et flères, d'héroïques personnalités qui criaient d'une voix vibrante d'entliousiasme .
Nous sommes la Hongrie ! La Hongrie n'est pas morte !
Mais un jour enfin, tout se tut. Encore une fois, folle de sacrifice, la Hongrie s'était laissé jouer par Marie-Thérèse, par les suppUcations d'une femme, par les larmes d'mie mère ! D'un élan chevaleresque elle avait sauvé la fille de Charles VI, et avec elle l'Autriche, toute la Ugnée de ses dominateurs allemands ! . . .
Advint^la révolution française. Le bruit que firent en croulant la Bastille et la féodaUté fut répercuté par les échos des Karpathes. A partir de 1790, il se produisit dans le pays danubien de tels mouvements d'idées, qu'il était impossible que d'un moment à l'autre les Hongrois ne se relevassent point en acclamant la liberté. Û importait grandement à leurs souverains (jue ce cri ne fut pohit entendu sur ks terres déjà émancipées. Ils firent comme toujours ils firent : ils mentirent par leurs ambassadeurs
et calomnièreut par leurs journaux. On les crut sur parole, tt Tu felix Austria I »
Nous voici en 1848. Le peuple hongrois est debout. 11 66 défend contre son roi, l'empereur d'Autriche, qui persiste à violer les constitutions par lui jurées. Aux diètes de Posony, de Buda-Pest, de Debreczen et de Szeged, les nobles proclament l'indépendance absolue de la nation, et bientôt après la déchéance des Habsbourgs prévaricateurs. Déposant leurs propres privilèges sur l'autel de la patrie, ^ à la mère commune , ils créent aussitôt des fils, des citoyens, des soldats. Admirable spectacle 1 réveil gran*diose 1
Grâce à l'Autriche, l'immense majorité des Occidentaux ne veut voir dans cette révolution profonde que la révolte intéressée de deux ou trois cent mille privilégiés contre un tyran unique. Grâce encore à l'Autriche, en Hongrie même la résurrection nationale, qui prêche l'unité, enfante la division : brandon de discorde, elle aboutit à la plus terrible des guerres, à une guerre de races. Les Slaves, — Croates et Serbes, — les Saxons transylvains et les Yalaques se lèvent en masse et se ruent sur les Magyars, qui viennent de proclamer libres et égaux devant la loi tous les habitants du pays, sans distinction de croyance ni de race. L'Europe et la démocratie elle-même aussitôt s^ figurent, les journaUstes autrichiens aidant toujours, que les Magyars sont des oppresseurs , les Slaves , les Roumains et les Saxons des opprimés 1
L'héroïsme de la lutte a cependant éveillé l'attention universelle. On admire ce petit peuple qui bravement se maintient Ubre malgré l'attacpie intérieure et la guerre étrangère. Les noms de Batthyàiii, le glorieux martyr, de Kossutli, de (kiijyi, de Peréuyi, de Ladislas Teleki,
d'AuUchy de Perczel, de Klapka, de Guyon, de Bem^ de DamianicSy de Kmethi, de Czetz, de Dembinski et de tant d'autres, circulent dans la foule auréolés.
D'admirables paroles, de frémissantes idées s'envolent de Hongrie. Le vent les transporte jusque par-delà l'Océan, où elles vont remuer l'âme de la puissante Amérique.
« La guerre, ont proclamé les combattants, la guerre que nous faisons à deux présomptueuses puissances de la vieille Europe, ce n'est point un débat de nationalités, c'est la lutte de la liberté contre l'absolutisme. Nos victoires sont les triomphes précurseurs de la liberté du monde. »
Ils disent encore, les vaillants apôtres :
a Telle est la conviction de la nation magyare et d^ ceux qui la gouvernent : Les Serbes et les VAtAOUES soirr
NOS FRÈRES; GOMME NOUS, ILS SONT LES ENFANTS n'VNfi MÊME
PATRIE. Peuvent-ils être responsables des égarements de