‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 3 sur 57 · QUELQUES-UNS DE LEURS PROCHES · texte numérisé non relu

QUELQUES-UNS DE LEURS PROCHES

Ainsi donc la vérité a franchi les ténèbres de l'erreur, du mensonge et des préventions. Elle apparaît. Elle brille. Les sympathies hésitantes éclatent de toutes parts. Mai^ hélas I il est déjà trop tard. GOrgey a trahi sa mère. La Hongrie s'affaisse, comprimée, invaincue.

En aidant les empereurs allemands à reconquérir leur proie, l'autocrate moscovite et le panslavisme ont fait un pas en avant. Ils ont préparé la réalisation de leur rêve, la conquête du monde. C'est une violation flagrante de l'équilibre européen. La diplomatie oublie de s'en apercevoir !

Cinq ans plus tard, à cette heure, déjà grande dans l'histoire, où le tonnerre des batailles, muet depuis tant d'années, a grondé de nouveau pour la première fois; alors

on eût dû, — c'eût été politique et juste, — on eût dû se souvenir de la Hongrie. On l'avait entrevue. On ne l'avait pas comprise. La Hongrie fut encore oubliée.

Pourtant les hussards de Hongrie avaient le droit aussi de prendre part à la lutte suprême. Ils avaient, ce semble, leur place bien marquée à côté des lanciers de Pologne, à Vavant-garde des défenseurs de la justice et de la civilisation ; et, si on les avait appelés, avec cette fougue et cette bravoure, dont jadis ils ont fait preuve en tant de combats livrés pour notre défense, ils se seraient élancés contre le Tzar, pape et empereur de la barbarie.

Un jour prochain, — puisse-tril être temps encore ! — désabusés de certaines espérances folles , nous penserons à ces braves Hongrois, dont nous aurons besoin, et nous leur redirons ce que de Schœnbrunn, en mai 1809, leur disait Napoléon :

« Hongrois !

« L'empereur d'Autriche, infidèle à sestraitésj mécon- « naissant la générosité dont j'ai usé envers lui, après «trois guerres consécutives, et notamment après celle (( de 1805, a attaqué mes armées. J'ai repoussé cette injuste « aggression. Le Dieu qui donne la victoire et qui punit tt r ingrat et leparjure^ a été favorable à mes armes : Je suis i< entré dans la capitale de l'Autriche, et je me trouve sur «c vos frontières. Cest V empereur d'Autriche et non le roi de a Hongrie qui m' a déclaré la guerre. Par vos constitutions ^ « il n aurait pu le faire sans votre consentement. Votre sy&- « tème constamment défensif et les mesures prises par a votre dernière diète ont fait assez connaître que votre a vœu était pour le maintien de la paix.

PRËFAGE. 9

« Hongrois!

« Le moment est venu de recouvrer votre indépendance. « Je vous offre la paix^ F intégrité de votre territoire^ de a votre liberté et de vos constitutions^ soit telles qu'elles ont « existé^ soit modifiées par vous-mêmes, si vous jugez que a T esprit du temps et les intérêts de vos concitoyens Vexi- « gent. Je ne veux rien de vous. Je ne désire que vous voir c< nation libre et indépendante. Votre union avec V Autriche a « fait votre malheur; votre sang a coulé pour elle dans des c< régions éloignées, et vos intérêts les plus chers ont été cons- (i tamment sacrifiés à ceux de ses Etats héréditaires. Vous c( formiez la plus belle partie de son empire, et vous n étiez <c qu une province toujours asservie à des passions qui vous n étaient étrangères. Vous avez des mœurs nationales ^ une « langue nationale. Vous vous vantez dune illustre et ani< cienne origine. Reprenez donc votre existence comme nat< tion! Ayez un roi de votre choix , qui ne règne que pour a vous, qui réside au milieu de vous^ qui ne soit environné Cl que de vos concitoyens et de vos soldats!

a Hongrois!

a Voilà ce que vous demande F Europe entière. Voilà ce « que je vous demande avec elle. Une paix étemelle, des « relations de commerce , une indépendance assurée, tel « est le prix qui vous attend^ si votis voulez être dignes de « vos ancêtres et de vous-mêmes.

a Vous ne repousserez pas ces offres libérales et gênent reuses et vous ne voudrez pas prodiguer votre sang pour « des princes faibles, toujours asservis à des ministres cor^a rompus et vendus à l'Angleterre, à cet ennemi du conli" « nent qui a fondé ses proêpérités sur le monopole et sur « nos divisions.

« RéunisseZ'VotAsdonc en diète nationale dans les champs « du Bâkos^ à la manière de vos aïeux^ et faites-moi con- <( naître vos résolutions ! »

A l'appel de Napoléon, la Hongrie resta sourde. Napoléon était vainqueur. La Hongrie, toujours insensée, toujours sublime, refusa d'abandonner son roi vaincu. Mais aujourd'hui qu'elle n'a que trop acquis la cruelle expérience de l'ingratitude habsbourgeoise, aujourd'hui qu'il s'agit non-seulement d'être libre, mais, bien plus, de combattre pour la civilisation universelle et de sauver le monde, la Hongrie entendrait la voix de la France, lui répétant les grands mots de 92 : esclave, elle briserait ses chaînes; indépendante, elle brandirait le sabre et s'enfoncerait dans la sainte mêlée.

14 juillet 1855.

Le peuple hongrois, de par le droit du plus fort, gtt courbé sous la domination abhorrée deç étrangers. On le dirait mort. Mais les morts revivent 1

Nous avons entrepris de faire connaître ce pauvre grand peuple méconnu, et de le glorifier, comme il le mérite. Si notre œuvre ne lui est utile, au moins aurons-nous satisfait notre conscience et notre cœur, car nous aurons tenté d'accomplir un acte de tardive réparation.

L'œuvre, telle que nous la comprenons, serait multiple. Elle embrasserait l'iiistoire complète des Hongrois depuis leur origine jusqu'à nos jours, histoire pittoresque, dra-

PRÊFAGE. H

matique, intére»saute et instructive, pleine de faits et d^dées. — Nous publions aujourd'hui un morceau détaché de Tensemble que nous avons rêvé , mais qui déjà forme à lui seul un tout complet. 8i nous sommes encou-* ragé par Taccueil de la critique et du pubUc, — de l'un et de l'autre nous ne réclamons point d'indulgence, nous ne demandons que de la justice, — nous poursuivrons notre dessein. Notre but est noble, nous le savons et nous osons le dire. Mais notre force est-elle à la hauteur de ce but? Nos lecteurs répondront.

Ce livre se divise en deux parties distinctes.

La première est un essai historique et philosophique sur la Hongrie, son génie et sa mission. Nous cherchons à y démontrer trois grandes vérités : le libéralisme reUgieux des Hongrois, leur libéraUsme politique, leur héroïsme lorsqu'ils ont à se sacrifier pour la cause commune. La lutte contre la prépondérance temporelle du catlioUcisme, l'opposition aux prétentions théocratiques de Rome, l'indépendance toujours conservée de l'Eglise hongroise, l'accueil sympathique fait à la réformation de Luther et de Calvin ; la Constitution de saint Etienne, ses sources et ses développements, son sens et sa portée ; la lutte perpétuelle contre l'oppression autrichienne et les moyens d'asservissement employés par les ministres viennois, la question de la nationalité magyare et des races ennemies; enfin le vrai caractère de la guerre contre les Turcs au moyen âge, l'utiUté de l'alliance naturelle avec les Turcs à l'époque contemporaine : tels sont les points principaux sur lesquels nous insistons dans ce résumé trop rapide, afin d'expUquer à tous ce que fut la Hongrie, ce à quoi elle peut servir dans les conjonctures actuelles, ce qu'un jour elle sera quoi qu'il advienne.

La seconde partie porte pour titre le plus beau nom que contiennent les annales hongroises : Jean de Hunyad. Autour de ce héros, immense par son courage et par sa probité, nous avons groupé toute une période de l'histoire de Hongrie, Tune des plus tourmentées, Tune des plus glorieuses, la croisade chrétienne contre les Ottomans, les premières guerres contre l'Autriche. Raconter cette laborieuse époque du dévouement, c'était, selon nous, rappeler à l'Europe oublieuse comment autrefois la gardèrent et la sauvèrent les fougueux chevahers de Magyarie ; comment la garderaient et la sauveraient encore leurs dignes fils, les citoyens libres de la Hongrie moderne.

Un homme de cœm', jeune, savant, libéral, avant nous s'est dévoué à la cause hongroise, M. A. de Gérando. Il a produit trois beaux Uvres, que les historiens connaissent et estiment, mais que le pubhc n'a pas assez lus ou retenus. Magyar par l'amour, — il avait épousé une Hongroise, — quand le canon gronda, ce brave écrivain de sa plume voulut faire une épée. 11 partit de Paris, malade, arriva en Allemagne, et je ne sais dans quelle petite ville, apprit la soumission de Gôrgey, la défaite de sa patrie d'adoption, pleufa et mourut.

Nous, qui ne sommes Hongrois par aucun autre Uen que par la sympathie, nous avons eu l'audace de reprendre sa place vide, de relever sa noble plume si tôt abattue. Veuille la sainte mémoire de ce soldat de la pensée , mort au champ d'honneur, nous soutenir et nous protéger!

Pro libertate et jusUtia.

TOkOli {sa devise).

Les dieux, qui ont donné à la plupart des hommes une lâche ambition, ont attaché à la liberté presque auUnt de malheurs qu*à la serrilode. Mais quel que doiYe être le prix de cette noble liberté, il faut bien le payer aux dieux.

MOHTBSQDIID.

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